Le vieil homme et son chien
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L’ambulance est entrée hier soir dans la cour
Noyant la ferme dans une clarté glacée.
Ernest l’a fait venir pour apporter secours
A Gertrude dont la santé est menacée.
C’est le cœur, usé d’avoir donné tant d’amour,
Qui ne trouve plus son battement cadencé.
Le vieux couple savait qu’il faudrait bien un jour
A l’immense bonheur d’être deux renoncer.
Tôt le matin, Ernest, de son pas résigné,
Plutôt que de rester inactif, l'esprit gourd,
Va quérir le vieux chien dans la niche enchaîné.
Côte à côte ils s’en vont, tristes, le regard lourd,
Rejoindre le vieux banc d’où, pendant des années,
Résonnant jusqu'ici par-delà les labours,
Ils comptaient du clocher les heures égrenées.
Las ne tinte plus que le glas du non-retour.
