Un petit texte pour illustrer le tableau de Peintredesbars
http://www.lespoetes.net/gdatableau.php?idtableau=861&membre=Peintre%20des%20bars
Vous souvient-il mes filles de notre virée sur Amiens ?
Ruisselant sur la face grise des passants la ville pleurnichait son crachin
C’était pourtant le printemps…
Mais les drilles avaient brisé leur gaieté au fond de leur poche sous leur grossier mouchoir à carreaux
Nous marchions sur les pas de Jules cent ans après sa mort et sous le doigt de Perret dressé vers le ciel qui de ses foudres nous menaçait.
Son ombre nous poursuivit toute cette matinée morose.
Vous me poussâtes sur le seuil de l’antre, il nous fallait bien nous restaurer.
Je fus donc la plus courageuse pour affronter le gardien de ces lieux, un Cerbère moustachu, nous n’avions déjà plus faim.
Trois convives à la patibulaire figure se tenaient au bar
Nous cherchions désespérément une âme féminine pour nous ragaillardir mais point; nous en conclûmes donc qu’elle avait fini hachée menu dans la marmite du patron.
Nos fourchettes pataugèrent dans nos mixtures réchauffées que nous finîmes dans une ambiance cantinière terrorisées par l’homme qui nous surveillait en essuyant le même verre depuis une heure et nos rires nerveux éclaboussèrent l’établissement.
Le tenancier me tendit sa patte velue, je lui tendis un billet et nous nous enfuîmes n’attendant ni la monnaie ni notre reste.
Et la ville nous reprit dans ses bras humides sans attendre les lumières de la nuit.