Duo

Par : Jim
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Jim

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Voici ce que j’ai à me dire
Trop aimer c’est un peu mourir

Loin de tout et de moi ne demeure que moi
Je suis omniprésent sans même le vouloir
Quel plus grand esclavage que d'encor s’échoir
Et que se supporter soit l’immuable loi

Voici ce que dit mon sourire
Trop aimer c’est un peu mourir

J’essaye généreux de prêter de mon poids
Mais plus de moi je donne et plus lourd je me sens
Dans mes veines s’active et condense mon sang
J’ai deux fois trop de cœur quand je gagne une foi

Et c’est de moi que j’aime rire
Trop aimer c’est un peu mourir

Je deviens amoureux Je voudrais être heureux
Je serai amoureux et ce désir sera
Jamais durant ma vie loin de moi ne fuira
Mon vœu d’être léger par amour fou furieux

Quoi d’autre en un cœur faut-il lire
Trop aimer c’est un peu mourir

Je me prends à mon jeu Je ne supporte pas
Cet étranger qui m’aime et je puis grâce à lui
M’aimer sans mon poids mort chaque jour chaque nuit
Mais parfois je m’oublie sur d’étranges appâts

Certes que j’aime à me décrire
Trop aimer c’est un peu mourir

Mais enfin le soleil éclate dans les cieux
De tes sanglots amers à goût de sel d’amour
Je vois que je ne suis que le tout petit jour
Sur l’aurore vêtue de la soif de tes yeux

Je voudrais soudain me maudire
Trop aimer… je ne sais qu’en dire

Aux rideaux de la chambre cascades d’étoiles
Sur le lit dans la chambre flots noyant la terre
Et devant nos yeux neufs nos vies encore à faire
Je suis toujours pesant J’aime le vol à voile

Trop m’aimer m’est toujours périr
Trop t’aimer n’est jamais mourir


(1971)



Ce message a été édité - le 22-07-2020 à 03:31 par Jim
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[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] J'aime beaucoup ce vers :
"Je suis toujours pesant J’aime le vol à voile"
Et aussi celui-ci, moins clair mais très musical :
"De tes sanglots amers à goût de sel d’amour"
Deux questions : pourquoi cela s'appelle-t-il "duo" et "Cet étranger qui m’aime", est-ce le narrateur?

Enfin "s'échoir"... tu es sûr?

Alternance d'octosyllabes et d'alexandrins, tu as raison. L'hétérométrie est l'avenir de la poésie française.
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[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] L'hétérométrie est l'avenir de la poésie française. [i][/i]

Vive La Fontaine ! 😃
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[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] "Captive, toujours triste, importune à moi-même"
Pouvez-vous souhaiter qu'Andromaque vous aime ?"

Bien amicalement.

Ninon
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Anita

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un vrai régal!!je retourne lire mais avant joyeuses fêtes Jim bise
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Jim

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Citation de Chassamor :
Deux questions : pourquoi cela s'appelle-t-il "duo" et "Cet étranger qui m’aime", est-ce le narrateur?

Réponse tardive...
En fait, une seule question. Il s'agit du thème du double. De cette sensation que l'on a, surtout adolescent, de se détacher de soi et de s'observer tout en ayant conscience d'être en ce même corps. "Je est un autre", disait mon pote Arthur. Sans doute étais-je un peu schizo sur les bords, mais c'est un thème que j'ai assez souvent traité à cette époque. J'ai commis ce texte lors de mes 18/19 ans. Le détachement, ça aide à l'objectivité, bien que là, ce soit exactement le contraire ; ça aide à se désengager, à voir son environnement comme étranger, et à se voir étrangement soi-même. De toutes façons, le "Je" est inévitable alors autant en jouer. Le schizo pratique le multi-je. Puis, avec le temps, la personnalité, comme le ciment, prend, se fige sur une de ses facettes au lieu de basculer de l'une à l'autre au hasard. Cela peut-être amusant de changer en conséquence de regard, parfois aussi désagréable quand la facette sombre s'impose.

Dans ce texte aussi (http://lespoetes.net/forumvoirtopic.php?t=1739), le thème du double apparait en dernière strophe : qui est ce "toi" ? La compagne ? Soi ? la compagne comme complément et donc le double de soi-même ? L'interrogation du texte mène à se sentir diffus, épars. Comment se rassembler ? J'ai souvent envié autrui que je trouvais mono-bloc, donc plus simple, et donc de vie plus facile, car voyant tout d'un unique point de vue. L'altérité tend vers l'altération.

Là aussi, bien que plus récent, il y a dédoublement : http://lespoetes.net/forumvoirtopic.php?t=1693
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Mahea

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je m'y perds un peu
Est-ce la difficulté de s'aimer à travers le regard de l'autre aussi ?

J'ai aimé cette redondance du je dans tous ses états, la dualité entre le corps et l'esprit

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[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] C'était un peu le thème de ce poème ancien :

J’éprouve encor, ce jour…


J’éprouve encor, ce jour, cette impression bizarre
D’avoir déjà vécu, dans ce lieu, cet instant.
Il ne se passe rien. Tout est calme. Pourtant,
Peu à peu, je me glisse en une autre mémoire.

De qui, sans le savoir, ai-je croisé l’histoire ?
Est-ce un moi disparu dans la nuit d’autres temps
Qui me rejoint, me trouble et abolit le temps ?
Est-ce celui d’une autre ? Et dans quel avatar ?

Suis-je toutes ensemble ou de chacune un peu ?
- Devant moi, la mer tremble et j’ai ouvert les yeux.
Tout va rentrer dans l’ordre et mes pas dans mes pas.

L’eau a pris par endroits le bleu des myosotis,
Mais qui se damne encor pour les yeux de Thétis ?
Ce temps est révolu, il ne reviendra pas.

(21/10/02)

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Jim

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Dans ton sonnet, Ninon, j'y vois deux thèmes qui se raccordent :
- l'identité qui se conserve tandis que ses composants changent (le couteau dont on change d'abord la lame puis le manche reste-t-il le même couteau ?);
- le trouble résultant de l'effet dit de "déjà vu" lequel affecte surtout lors de l'adolescence.