Les césures un peu partout dans le vers ( et les hémistiches au centre de l'alexandrin) sont des choses dont je ne me préoccupe presque pas.
Beaucoup de vers n'ont aucune césure ou encore, il est totalement facultatif d'en marquer une en lisant. Il n'y a pas de règle absolue en ce domaine. Rien d'obligatoire.
Même dans les alexandrins chez les classiques, on retrouve des vers avec des césures, (une seule ou plusieurs) à tous les endroits possibles, avec bien sûr, une prédilection pour l'hémistiche à la 6e syllabe.
Mais, même si l'hémistiche est fréquent, ce n'est guère de règle absolue. On retrouve des tétramètres (3/3/3/3), des trimètres (4/4/4), des hexamètres (6//6), des dodécamètres (12), des rythmes (1/11), (2/10), (3/9), (4/8), (5/7), (6//6), (7/5) ... et inversement jusqu'à (11/1).
Mettre ou marquer constamment la césure à l'hémistiche produit un un rythme déclamatoire régulier qui finit par ennuyer et endormir.
Au temps de Louis XIV, c'était la tradition de marquer la césure et de faire sonner la rime à chaque vers. Comme si on voulait souligner aux spectateurs : " Voyez, l'auteur a bien placé un hémistiche ici ! Écoutez sa rime est parfaite et riche. " Cette pratique finit par produire un rythme lancinant et lassant du genre : " Taratatatata // Taratatatata ". Répété 50 fois dans une tirade, on peut en imaginer l'effet soporifique.
Les grands et grandes comédiennes modernes qui jouent aujourd'hui des pièces classiques font tout le contraire. Ils tentent de dire les vers de façon à imiter une conversation naturelle normale, sans faire sonner la rime, ni marquer la césure. De cette façon, au profit du naturel, ils font complètement disparaître le " Taratatatata déclamatoire " qui fut longtemps de règle.
En conclusion, c'est la musique du poème qui importe. Elle doit être variée et non pas toujours sur le même ton et le même rythme. La musicalité, c'est aussi ce qui justifie la poésie moderne qui se permet même de varier les longueurs de vers dans un même poème. À condition que la musique en soit parfaite.
Je vois ci-contre comme "Membre du jour" Nathalie Dhénin. J'ai lu quelques-unes de ses poésies modernes. Voilà une vraie musicienne de la langue.