Le chanteur

Par : Evemarie
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Evemarie

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Le chanteur

Je ne connaissais pas la ville, j'y allais pour la première fois, une grande ville de l'est de la France.
Nous étions une bande qui dans une grande fébrilité avions pris nos billets longtemps à l'avance avec ferveur, avec bonheur pour voir de nos yeux notre idole, dont nous connaissons par cœur le répertoire, dont nous possédons chaque album. Alors, l’entendre, presque le toucher, dans un décor somptueux, un rêve qui va se concrétiser après de longs mois d'attente.
Nous cherchons un lieu où garer la voiture en évitant le centre ville , le stade où il se produit, est à l'est de la ville.
Et devant nos yeux, un étrange ballet se dessine. Pas besoin de demander notre route, de toutes les rues de la ville déferlent des grappes humaines qui se dirigent toutes dans la même direction, personne ne demande son chemin, nous comprenons que nous allons tous au même endroit, pas besoin de demander sa route. C'est un sentiment étrange, cette appartenance à un monde qui sans parler exprime avec force, la ferveur, la liesse l'unicité du moment présent. De toutes les rues, sur le pont, majestueux, à perte de vue, une foultitude de groupes, se dirigent dans le même sens.
A un moment j'ai pensé qu'il était arrivé un désastre et que toute la ville fuyait, j'ai eu peur dans cette foule. Mais la foule était calme, décidée, et il émanait d'elle une sorte de liesse rassurante.
Au fur et à mesure que nous approchions du lieu du concert, les foules devenaient denses, compactes, presque agglomérées en grappe. La marche de la ville vers le même point s'achevait enfin, nous avions marché une heure trente. La longue attente commença en une file canalisée sur deux mètres de large et deux kilomètres de long, soit encore deux heures avant de présenter son billet et accéder au sacro saint lieu. Des vigiles nous fouillent à l'entrée du stade, les bouteilles sont interdites, les appareils photos.
Le stade enfin, nous arrivons en rangs serrés, après quatre heures d'attente. Une organisation presque militaire, des panneaux de directions, une file d'attente devant les toilettes aménagées pour l'occasion en petits édifices préfabriqués avec lavabos incorporés.
Enfin, quelques escaliers, puis les portes du stade sont devant nous, nous fonçons pour choisir une place debout près de la scène, nous courons, à celui qui arrivera le premier.
L'attente va encore durer deux heures. Puis dans un léger brouhaha la scène de soixante mètres de large s'est illuminée. Une féérie à elle seule. Et un nain avec un chapeau vient chanter pour chauffer la salle. Quelqu'un l'a-t-il écouté ? Nous pensions tous à un seul moment celui où l'artiste allait prendre possession de la scène.
Puis encore une heure d'attente. Il était vingt et une heure trente , nous étions en route, depuis huit heures pour un seul but, entendre, voir l'artiste, c'était long.
Alors de la salle, entière, des gradins est sorti un murmure, un grondement de mécontentement, des sifflets, des huées. Certaines personnes fatiguées se sont assisses à même le sol.

Puis, il y eut comme un coup de tonnerre, des fusées explosent sur la scène la musique explose, et dans un nuage apparait l'artiste. Une seconde de silence la foule médusée, s'est levée comme un seul homme. La scène grandiose, rutile de lumières et de sons et lui, l'homme debout au centre, sur des écrans, partout, son regard : la minute de solitude de l'homme nu, s'offrant à cette foule en délire, sous les acclamations. Me vient à l'esprit l'image d'un immense sacrifice humain, l'homme avant l'adulation de la foule est seul, le sait, l'homme se donne, nu. Il veut qu'on l'aime pour lui, pas pour sa voix, pas pour ce qu'il chante, pas pour les lumières, pas encore, mais pour lui, nu et faible, vulnérable qu'il montre en cette seconde d'avant la gloire.

Je me souviens de cette musique, qui scandait au rythme de mon cœur dans ma propre poitrine. La musique était dans mon cœur, un truc inouï, presque inquiétant, comment la musique à vingt mètres de moi, peut -elle battre au rythme de mon propre cœur, dans ma poitrine ?
Puis il y eut ces deux heures de subjugation totale, et mon abandon, mes larmes, cette communion avec une foule inconnue et qui n'existe pourtant plus. La solitude absolue au milieu d’un monde irréel.
La voix , ce qu'il dit, la musique, les larmes d'émotion, les yeux ronds comme ceux des enfants, le charisme de ce chanteur. Les duos, les musiciens, et la voix surtout la voix, rocailleuse, profonde, magnifiée par le décor et la présence de cette foule, l'unité que cela représentait. Et la solitude inhérente à l’être humain, là, présente.
Et moi, si petite, perdue dans cette foule, moi, insignifiante, vivant un somptueux bouquet d'émotions, moment parfait.


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Pierre

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Si j'aime écouter et voir certains chanteurs, la foule m'emmerde car comme Brassens dans "Le pluriel" je pense que
"Le pluriel ne vaut rien à l´homme et sitôt qu´on
Est plus de quatre on est une bande de cons.
"
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[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] Bravo Evemarie!!!
Bien ressenti, bien retranscrit.
J'ai vécu exactement la même chose: tout Paris allant voir Michaël Jackson... et, une autre fois, dans la salle, Jojo à la Cigale, exactement ce que tu as vécu; à se demander si je n'étais pas avec vous ce soir-là!
Oui, c'est vrai, la foule fait peur; l'effet d'une bête monstrueuse tout droit sortie des Enfers mais dans cette marée on peut voir des diamants étinceler, un ovale d'amour, une mèche tombée d'un chignon sur la nuque,Evemarie dressée sur la pointe des pieds...
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Evemarie

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Cela s'appelle être seule au milieu d'une foule, sentiment tellement prégnant. Et aussi ne pas être seule puisqu'avec le chanteur. Une sorte de schizophrénie.
Merci Pierre, Moni.