J'ai tant rêvé de toi (Robert Desnos)

Par : Jim
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Jim

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J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?

J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.


Robert Desnos, "Corps et biens".
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Evemarie

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J'ai pensé, " encore un poète qui a une Marie dans ses rêves," tant le poème ressemblait à du Jim, ce qui est un beau compliment pour toi : Robert Desnos en personne .
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Jim

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Il est vrai, Evemarie, que c'est un poème auquel j'ai adhéré dès la première lecture, tant sur le fond que la forme, voici bien longtemps. Il existe des textes dans lesquels on se reconnait, dont la lecture est si évidente qu'on en découvre, non le texte, mais cette évidence même, au point qu'on se dit qu'on aurait pu l'écrire soi-même, sauf qu'on ne l'a pas écrit. Un moment d'identité entre lecteur et scripteur.