Configuration du dernier rivage

Par : Jim
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Jim

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HMT

VIII

Ma vie, ma vie, ma très ancienne,
Mon premier vœu mal refermé
Mon premier amour infirmé
Il a fallu que tu reviennes

Il a fallu que je connaisse
Ce que la vie a de meilleur,
Quand deux corps jouent de leur bonheur
Et sans fin s’unissent et renaissent.

Entré en dépendance entière
Je sais le tremblement de l’être
L’hésitation à disparaître
Le soleil qui frappe en lisière

Et l’amour, où tout est facile,
Où tout est donné dans l’instant,
Il existe, au milieu du temps,
La possibilité d’une île.


--

Nous vivrons mon aimée sans aucune ironie,
Et nous achèterons peut-être des canaris
J’aime quand tu vas nue répondre au téléphone,
Il y en a peu qui aiment et très peu qui se donnent.

Au bout de quelques heures le ciel est presque rouge,
Nos regards glissent et meurent et parfois nos corps bougent
Il n’y a plus vraiment de parcours prévisible,
Il se passe des choses totalement indicibles.

Je n’ai jamais été parfaitement lucide,
Je n’aime pas le bruit et j’ai horreur du vide
Le don total de soi est un état furtif,
Incertain ; toutefois, c’est un plaisir très vif

Et la fascination est une vie seconde ;
Il y a une autre vie qui traverse le monde ;
Certains êtres en s’aimant ont fait trembler la terre ;
D’autres vont à l’amour comme on va à la mer

Et plus je te connais, plus mon regard est fixe.



Loin du bonheur

Être dans un état qui s’apparente au désespoir, sans pouvoir cependant y accéder.

Une vie à la fois compliquée et sans intérêt.

Non relié au monde.

Paysages inutiles du silence.

Un amour. Un seul. Violent et définitif. Brisé.

Le monde est désenchanté.

Tout ce qui a la nature de l’apparition, cela a la nature de la cessation. Oui. Et alors ? je l’ai aimée. Je l’aime. Dès la première seconde cet amour était parfait, complet. On ne peut pas vraiment dire que l’amour apparaisse ; plutôt, il se manifeste. Si l’on croit à la réincarnation, le phénomène devient explicable. Joie de retrouver quelqu’un qu’on a déjà rencontré, qu’on a toujours rencontré, à jamais, dans une infinité d’incarnations antérieures.
Si l’on n’y croit pas, c’est un mystère.

Je ne crois pas à la réincarnation. Ou, plutôt, je ne veux pas le savoir.

Perdre l’amour, c’est aussi se perdre soi-même. La personnalité s’efface. On n’a même plus envie, on n’envisage même plus d’avoir une personnalité. On n’est plus, au sens strict, qu’une souffrance.

C’est également, selon des modalités différentes, perdre le monde. Le lien se casse tout de suite, dès les premières secondes. L’univers est d’abord étranger. Puis, peu à peu, il devient hostile. Lui aussi est souffrance. Il n’y a plus que souffrance.

Et on espère toujours.

La connaissance n’apporte pas la souffrance. Elle en serait bien incapable. Elle est, exactement, insignifiante.
Pour les mêmes raisons, elle ne peut apporter le bonheur.
Tout ce qu’elle peut apporter, c’est un certain soulagement. Et ce soulagement, d’abord très faible, devient peu à peu nul.

En conclusion, je n’ai pu découvrir aucune raison de rechercher la connaissance.

Impossibilité soudaine – et apparemment définitive – de s’intéresser à une quelconque question politique.

Tout ce qui n’est pas purement affectif devient insignifiant. Adieux à la raison. Plus de tête. Plus qu’un cœur.


Extraits du dernier recueil sus-nommé de Michel Houellebecq.
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Evemarie

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Merci Jim pour ce sublime partage d'Houellebecq.
"Configuration du dernier rivage"est ce titre de sa dernière publication ?
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Jim

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Oui, chez Flammarion.