.
Ils disent «low-cost», ça fait plus riche que «bas-coût» mais
ça fait aussi songer à une vache perdue qui contrepète
du méthane ! Soudain me voici au ras du bleu céruléen
à Miribel, parmi les hauteurs de l’alpage aux sentes profon-
dément sillonnées par les sabots flegmatique des mères cornues
aux beaux yeux taches blanches et rousses et noms sonores
la Faroto, la Divonne, l’Auturouso, la Balane, la Gallante,
balançant de la campane à leurs cous et des pis sous leurs ventres
(Larges colliers de cuir épais enserrant les fanons ballants
Admirablement usés par les clochements réguliers!)
.
Le soir tombe sur les cimes roses Derniers clignements de soleil
dans les brumes d’été au-delà des lacs d’ombre qui noient les vallées
dont seuls les clochers d’or brillent encore Il faut rassembler
le troupeau pour la nuit Hâtons-nous gamins de retrouver
la génisse noire qui manque car lorsque les étoiles seront hautes
on ne la verra plus Le chalet de bois fume à côté de l’enclos
une lumière rouge tremblote dans la lucarne et par la porte
entr’ouverte on devine déjà la chaleur Une bonne soupe
de rhubarbe et d’orties chantonne sur le poêle à vitre de mica
.
Fourbu on lâche chaque botte là où elle est tombée On enfile
les gros chaussons tricotés À travers eux nos pieds enfin libres
épousent le frais de la terre battue Nuitée froide des hauteurs
La neige à vol d’oiseau n’est pas si loin Après le repas du soir
quelques chansons à voix de faussets peu importe Un verre
de genièvre et ce sera la volupté sur les couchette de planches
de l’étroit et merveilleusement profond sommeil de nos douze ans…
.