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L’aube enfonce un coin doré dans la ville
au bout de la rue où tourbillonnent des pigeons
Automatique la porte du laboratoire s’ouvre et se ferme
s’ouvre et se ferme à chaque passant qui longe le trottoir
J’ai donné l’ordonnance à Sylvie avec ma carte verte (dite vitale)
Je m’assieds dans la salle d’attente en lisant des poèmes
surprenants de Gertrud Kolmar Émotion inattendue – ces paroles
d’une femme du passé à la force d’expression intemporelle
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Un vieillard courbé aux yeux bleu-lessive dit qu’il habite
au 19 de la rue voisine «C’est à deux pas d’ici…»
Il n’a pas l’air accablé sous l’invisible fardeau qui le tient ployé
Il sourit comme s’il était content d’être encore en vie
même dans cet état que je m’efforce de m’imaginer
avec mon propre corps Péniblement il va aux toilettes
pisser dans le flacon de plastique qu’il avait ramené vide parce qu’il
était incapable d’en ouvrir le couvercle
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Il y a aussi une fille qui attend Collants noirs jupe noire
caban noir cheveux noirs profil busqué de petit aigle
mâtiné d’ADN de souris Ses jambes sont si minces que le terme
de cannes est ici fort approprié Son regard aussi est un alliage
d’acier agressif et de tendresse apeurée Elle frime mais elle a peur
du monde en général Pourtant ici qu’a-t-elle a craindre hormis
la prise de sang pour laquelle justement une infirmière passant
la tête par la porte entrebâillée appelle son nom Elle se lève
docile en flageolant sur ses genoux d’anorexique et disparaît
dans la pièce à côté anxieuse à l’idée de voir les fioles
se remplir de sang noir De son sang irradiant un blême vertige
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Après elle, vient mon tour L’infirmière me sourit Nous nous connaissons
depuis longtemps Je lui tends mon bras nu Elle tâte la veine du doigt
Le temps de rêver un instant à Gertrude Kolmar et c’est terminé
«Vous pouvez repasser ce soir ce sera prêt Il n’y a presque rien
à vérifier Votre médecin est vraiment très scrupuleux !»
Nous nous quittons sur un dernier sourire et je sors en traversant
à nouveau la salle d’attente pleine comme doit l’être le Purgatoire.