Au Camp de l'abri y'a rien qui vaille.
Des rochers qui affleurent sous un peu d'herbe rase, des genévriers hauts de cinq mètres au moins, des murs écroulés rongés par les lichens, quelques merdes de lapins et de brebis autour de l'érable du causse qu'est le seul arbre digne de ce nom dans un rayon de trois cents pas, non, décidément au Camp de l'abri y'a rien qui vaille.
Pourtant il faut le voir quand il fait froid à fendre la pierre, quand le ciel d'hiver semble cassant comme la glace, il faut le voir quand les bêtes n'y passent plus par peur de n'en plus revenir, il y a des peurs qu'on explique, l'hiver, au Camp de l'abri quand rien ne bouge.
On dit qu'une pauvresse autrefois s'est faite violée par le diable, là sur la grande pierre plate, et que le sexe du malin plongea si loin qu'il buta sur la roche y laissant son empreinte fourchue, car le diable n'a pas que les pieds fourchus, la preuve est à jamais gravée dans le roc du Camp de l'abri. De cette cavité, le sillon, qu'il fit de ses griffes en hurlant son plaisir, canalisa sa semence qui dégorgea du rocher et imprégna le sol aride. L'érable y poussa pourtant juste là.
C'était un premier vendémiaire, à l'équinoxe d'automne quand tout devient noir.
Au camp de l'abri y'a rien qui vaille, sauf le silence et la blessure de ton souvenir, quand rien ne retient sa lame qui plonge droite au milieu du coeur, et que je veux être seul pour ne pas lui résister.