C'est un jour sans histoire, un jour de plus qui s'ajoute au jour d'avant.
Le soleil s'est levé seul, personne ne l'a vu depuis que la nuit s'est retirée. On le devine allant son train, faisant ses affaires comme toujours, sans se presser, obstinément régulier.
Bientôt il va disparaître, là bas, au bout de l'eau. Il va s'y noyer complètement. Qu'il réapparaisse le lendemain ne m'a jamais surpris, mais qu'il ne soit pas éteint m'étonnera sans cesse. L'eau vient toujours à bout de tout, sauf du soleil. Elle ne le mouille même pas.
Je me demande ce que doit être un soleil mouillé, un petit soleil que sa maman gronde en lui disant de rentrer parcequ'il va attraper froid, mouillé comme il est...
Et les poissons qu'en pensent-ils de ce soleil qui passe chez eux en restant sec?
D'ailleurs comment se fait-il que l'eau ne boue pas quand il y plonge? Et comment se fait il que les poissons ne soient pas cuits?
J'aime bien le poisson, surtout la perche. Le brochet aussi bien sûr, mais la perche surtout.
Jeune je pêchais, je braconnais plutôt puisque mes pêches étaient interdites. Sauf une, qu'on appelait "la dandinette". Vous prenez un trident, du 10 par exemple, vous nouez le fil sur l'anneau de la hampe et vous entourez la hampe d'un fil de couleur différente suivant la couleur de ce que vous voyez tomber dans l'eau et que les poisson gobent.
Vous nouez le fil à la canne puis lentement vous laissez descendre le trident vers le fond, il faut choisir un endroit avec un fond d'au moins deux mètres, vous remontez lentement, avant de redescendre de même... La dandinette quoi... Généralement on ne voit pas le poisson mordre, on le sent. Alors on ferre. Mais il faut avoir l'adresse, juste un coup du poignet, pas trop pour ne pas projeter la ligne dans les frondaisons mais assez pour ferrer.
Des cabots (on dit chevesne je crois), des gardons de fond, parfois des barbeaux, mais je préférais déjà les perches, on ne se refait pas.
Sinon nous pêchions avec des cordes. Il me semble que la législation prévoyait une corde de cinq hameçons attachée sur la rive. Nous avions deux cordes de cent hameçons que nous posions vers les minuits.
Il fallait être deux, un pour mener le bateau, l'autre pour poser la corde. Mais avant, il fallait tout préparer. Le bord du bateau recevait les hameçons noués chacun sur un brin lui même noué à la corde. Espacés de 90 cm environ sur la corde nous disposions ces brins, les uns à côté des autres sur le rebord du bateau. On attachait une pierre à chaque extrémité de la corde. Puis, celui qui menait, avançait le bateau jusqu'au tiers environ de la rivière, je prenais la première pierre et la laissais aller au fond. Alors le bateau avançait, légèrement en biais face au courant et je devais laisser filer les hameçons un par un en prenant garde a ne pas me faire accrocher. Quand le dernier était passé le bateau poursuivais un peu sa route pour tendre la corde , je laissais alors couler la deuxième pierre. Vers les quatre heures nous revenions et à l'aide d'un gros crochet nous remontions la corde. Anguilles, barbeaux se débattaient dans le bateau, emmêlant la corde qu'il nous faudrait démêler la journée...
Je n'ai jamais vu de soleil au fond de l'eau quand nous pêchions la nuit...