Attaché, comme une fleur de populage à son ruisseau de mai, par une tige occulte à ton pays natal, tu aspires l'or obscur des veines souterraines pour l'amener au jour...
Derrière une profusion de feuilles, tu te caches de ton reflet, de son regard aussi noir et bête qu'un abîme, et t'enfonces sans réfléchir dans les fluides étendues de ta langue maternelle, épris d'une parole capricieuse et verte comme la pensée.
Et ce vert - “tigineux” ! - est précisément de la couleur des iris de celle que tu aimes. Oh, le long repos au fond de ses yeux ! Oh l'ondoiement cuivré de ses cheveux ! Quelque chose d'un souffle d'aurore à son réveil s'élève, imité par ton pistil et le poème afflue, d'où venu ?
...Tout droit sans doute du mystère, qui pour dissimuler qu'il ne recèle aucun secret se déguise en chanson, envahit la lumière sur l'aile de nos regards, et feint qu'en mettant de l'amour dans nos vies, après chaque nuit traversée, elles ressusciteront sans fin.