L’échappée belle

Par : Jim
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Avatar

Jim

Posts: 5237

Membre

Je suis un type tout à fait normal, un peu plus ceci, un peu moins cela, comme tout un chacun. J’ai de la chance, je suis du bon côté de la barrière, comme la plupart. Avec du temps et de la patience, je pige un certain nombre de choses, comme quiconque de motivé. J’ai commencé très tôt à n’accepter d’être que ce que je suis, et n’ai pas fini. Je peux bien plus que je ne crois, et cela ne me suffit pas. L’approche infinie de sa limite ne cesse et fait rêver d’une grandeur au-delà. Cette approche entre soi et cette limite est inépuisable. Sans doute est-ce cela que d’être humain : repousser une limite inatteignable. La mégalomanie guette qui oublie ce gap. Je ne suis pas qu’intellect.

Il est une jouissance à l’intellection. Il y a de l’intelligence dans la sensualité. La musique le prouve, joie de l’esprit et joie du corps. Je suis un corps, ce corps, le mien. Mon esprit sculpte ce que mes mains touchent, mes mains palpent ce que mon esprit projette. Mon corps n’a rencontré que d’autres corps. J’ai aimé, j’ai été aimé. J’ai aimé des corps, des corps de femmes, autrement dit des êtres complets, des corps sexués car, dites-moi ce que serait un être abstrait, dénué de sexe tout autant que de cheveux ou d’yeux d’une certaine couleur, d’une odeur de peau, d’un timbre de voix, d’une façon de bouger, de marcher, s’asseoir, tout autant que dénué de foie, de rate ou d’estomac ? J’ai aimé peu de ces corps en quantité, en intensité à la folie qui vous donne le vertige d’un infini en lequel ne pas sombrer au péril de la fin de votre corps. Dès lors, ce fini auquel nous sommes réduits devient dérisoire, il faut continuer avec : inclure l’infini dans son fini sans exploser, jusqu’à l’implosion terminale.

Intime intrication du cortex et du limbique. Comment juger de la justesse d’un théorème, d’une théorie, sans sentir son équilibre ? Comment céder à la séduction d’un corps sans saisir son harmonie ? Comment suivre une évolution sans voir celle des symétries ? Chaque instant est un lemme. Je ne connais plus beau théorème que celui de la femme aimée qui s’endort. Rien ne m’éveille autant qu’une énigme à résoudre. Et je sèche autant que je suis quitté. Résumé particulier de l’univers, autrui m’échappe. Et je serai autrui à moi-même.