Bien que d'accord avec toi, Pierre, je ne vois pas ce que cela ajoute ou retire à mon propos. "Pelléas", tout autant que "le festin de l'araignée" de Roussel, m'emm...ent. Mais la multiplicité des formes musicales du XXè siècle ne se réduit pas à ce que je dépréfère, ce serait comme dire que depuis Lautréamont, la poésie m'ennuie en oubliant bien des poètes depuis Cendrars à Bonnefoy en passant par... une sacrée liste.
La poésie est un travail sur le langage, ce dernier ne se réduisant pas au verbalisé. Chaque langage évolue à son propre rythme et cela, pas seulement sous la pression des savants en chacun de leur domaine de prédilection ; j'ai plus l'impression que ceux-ci récupèrent - puisque savants - les produits de cette évolution au travers d'œuvres l'exprimant, de la même façon qu'ils expriment l'évolution de divers aspects de leur temps.
On ne peut séparer l'évolution d'un ensemble, de celle de ses composants, autrement dit : l'évolution d'un local abstrait de son global est une opération de l'esprit ne correspondant à aucune réalité, c'est juste une commodité risquée d’intelligibilité. Le principe de décomposition en éléments dits simples et indépendants est donc suspect.
Or, il est apparu un art majeur lors du XXè S. qui les intègre tous et influa sur chacun : le cinéma. Chaque art contributif tenta de lui courir après, enterré par lui. Parallèlement, la mercantilisation et le consumérisme entraînèrent et entraînent la merdyalisation de tous et chacun, ce qui est aussi une représentation de l'évolution de l'époque.
Au XIXè S, il existait plusieurs activités synthétiques séparées telles que le Roman, le Théâtre, l'Opéra, toutes caractérisées communément par la mise en scène. Depuis le XXè, elles ne sont plus séparées, mais intégrées en une seule : la cinématographique. La « post-modernité » se situe donc à ce niveau d’intégration d’une part, et à son suivant s’il est possible de l’imaginer d’autre part. La perte de cette indépendance de chaque art au profit de celui les intégrant est sans doute ce que nombre nommèrent « la mort de » ceci, cela.
Chaque enfant retourne dans la maison qu’il contribue à construire : le père du fils prodigue aurait tort de s’en féliciter car, dès lors que revient chacun de ses enfants, plus personne ni lui ne sont maîtres en la demeure. Il n’est donc pas étonnant qu’aujourd’hui nous souffrions d’un étouffement justement nommé « globalisation », qu’en résultera-t-il ? Un éclatement libérateur, ou autre chose d’inimaginé pour le moment ? Imagine-t-on le futur ou celui-ci nous imagine t’il ? Je soupçonne que nous ne fassions qu’exprimer le produit devenu après son constat – le temps de la prise de recul. Du bouillonnement volontariste surgit aléatoirement le devenir, chauffage sans lequel rien n'adviendrait. In fine, on choisit ce que l’on devient. « Vouloir ce vouloir qui nous veut » dirait Schopenhauer, à ce détail près que nous le provoquons sans le déterminer (sinon existerait la boule de cristal).