À l'arbre qui sait d'avance quand il va être abattu.
À un pays qui se dessinait au-delà des brumes et
des fenêtres sans soleil.
À un amour proche et lointain qui tout ensemble
se donne et se refuse.
À une mer qui fut notre mère, à nous tous, les vivants,
et que nous abandonnons à l'ordure et aux fanges.
À une solitude venteuse, par nul autre explorée.
À un village perdu dans une enfance, que la rage
des eaux a ravagé.
À des aïeux du temps où la maison avec le tilleul
dans la cour résonnait de chansons.
À la dernière hirondelle qui a quitté le toit sous
lequel immigra le mensonge.
À une rivière qui n'avait jamais suscité le soupçon.
À ce chien qui mourut fidèle quelque part outremer.
À des amis depuis longtemps réduits à l'état
évanescent de spectres.
À l'ennemi qui brandit son poignard dans le dos
de qui s'abandonne à écouter les chants d'oiseaux.
À une nostalgie qu'aucun espoir ne remplira de poésie.
À un simple adieu, au cœur de l'indifférence.