La cohérence

Par : Gf
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Gf

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Comment dire... Depuis que je suis sur le site, je vous lis et je suis en admiration devant votre habileté à écrire une telle poésie, mais il me semble aussi qu’en poésie avec rimes et la contrainte des pieds, il est difficile de rester cohérent tout au long d’un texte. Trop souvent le fait de rimer force à écrire des incohérences, le texte est dénaturé, le texte ne se tient plus... et souvent, il me semble, des poèmes trop longs avec ces contraintes, s’égarent... perdent leur fil conducteur.
Au secours ! Je n’ai pas votre science en versification, je fais juste me questionner, probablement que c’est ma lecture qui n’y comprend rien ! Quelqu’un peut éclairer ma lanterne ?
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Lau

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Je pense comprendre ton désarroi, Gf...

Nous sommes dans deux univers (paradigmes) différents qui ne sont pas forcément opposés mais dont le lien peut apparaitre parfois ténu.

"Poiein" ; créer. Il faut intégrer ça. La priorité est, je pense, la musicalité dont le sens viendra. Il ne s'agit pas de dire 'pourquoi dire' mais 'comment dire'. La poésie est un trille ; on n'y accède pas grâce à la raison mais avec l'émotion.

Avec les sens, tous les sens.

Ce n'est pas un autre langage car il utilise tout ce qui est normé mais c'est une autre façon de dire ce qui nous semble réalité, via le filtre 'philtre' de notre singularité.

La lecture de la poésie requiert l'ouverture, le balayage et le dépoussiérage du su, du connu, de ce qu'on pense être la "vérité".

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Kerdrel

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"La poésie est une langue morte que seuls
quelques anachorètes pratiquent encore..."
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Salus

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Bah, je pense qu'il faut avant tout être capable de dire ce que l'on désire dans la forme et le mètre qu'on a décidés ; ce n'est qu'à partir de là qu'on peut se laisser aller à dériver, dans une mesure elle aussi relativement contrôlée ; moi, ça ne me va pas, sauf exceptions rares, quand on sent que c'est la rime qui mène la danse à la place du sens.
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Gf

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... aussi, avoir à relire 1ou2 vers en amont pour saisir le sens du 3e vers est-il un manque de connaissances ou plutôt ne s’agit-il pas d’incohérence ?
Et parfois, avoir à relire tout un texte pour en saisir le sens ? Est-ce que le propos ne se perd pas dans toute cette complexité ?
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Salus

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Tout dépend de ce qu'on cherche en écrivant ou en lisant ; écrire n'importe quoi n'importe comment, on le voit tous les jours, ça ne marche pas, on a pas le plaisir de lire, mais, par exemple, le Symbolisme, (Régnier) , pratique le décalage entre réel et imaginaire, le lecteur y est convoqué comme traducteur de sa propre muse ; il est fatal, en l'occurrence, que le sens "flotte"(*)
si on lit du Romantisme (Hugo) l'histoire à un début et une fin, et un déroulement logique ; le Baroque (Aubigné) est plus difficile à suivre ; les Parnassiens (Heredia) écrivent une musique savante, impersonnelle, qui peut demander des références ; Etc.
Pour ce qui est de la poésie "moderne", elle oscille entre tout ça, et la plupart du temps, oui, ça manque cruellement de cohérence.

*
(...)
Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.
(...)
"Art poétique" Verlaine

Et :
(...)
Le sens trop précis rature
Ta vague littérature.

("Toute l'âme résumée..." Mallarmé)
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Gf

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Ah merci Salus, tu fais mon éducation... je vais garder ta réponse comme référence... Je suis un poète d’instinct sans instruction comme vous tous ici, mais l’Écriture m’habite et veux tout de même prendre la parole à travers ma pauvre éducation... Elle a ainsi une voix qui est la mienne, mais elle veut comprendre celle des autres... Je suis un peu dans les ténèbres... je lis les autres à l’aveugle...
Merci Salus
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Vuthy

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Éléments de réflexion :

Le sens est le principal

Les mots importants sont à la rime

Écrire le second vers avant le premier

Si pas de solution, change de mot/rime

Ces suggestions vous sont données à titre purement indicatif
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Gf

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...il faudrait que tu développes Vuthy ! Je ne joue pas à la devinette, j’apprends !
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RommelPh

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Je me permets une remarque.
Au siècle de Louis XIV et jusqu'au début du 19ème, les contraintes qui pèsent sur la poésie sont énormes. Mais les auteurs disposent de deux moyens pour concilier les règles de versification et le sens qu'il s'agit d'exprimer.

1) Une certaine libéralité de l'orthographe :

encor, écrit sans le e final.

La Fontaine se permet en outre des avecque :
"Ne nous associons qu'avecque nos égaux"

A Chjénier (début 19ème) se permet cette licence:
"Certe, en pareille fête autrefois je l'ai vue"

Évidemment, c'est plus pratique pour tomber sur le bon nombre de syllabes.

2) La rhétorique.

L'art de ne pas appeler un chat un chat.

Corneille :
"Et ce fer que mon bras ne peut plus soutenir."
Il ne peut pas écrire l'épée que puisque la succession voyelle, e, consonne est interdite.

Ou l'inversion :
"Maître Corbeau, sur un arbre perché.
Ce qui est aussi peu naturel que le soldat Séféro de La Marseillaise.

Voire l'anacoluthe, c'est à dire la faute de Français :
"Et pleurés du vieillard, il grava suer leur marbre"
Le sujet correct de la principal seraient ceux qui sont pleurés.

Les Romantiques useront moins de la rhétorique mais casseront le rythme des vers :
"J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin"

Et il y aurait beaucoup plus à dire...
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Vuthy

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@Gf
Je comprends ; je vous joindrai par MP.
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Gf

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Merci Rommel d’avoir pris la peine de m’expliquer tout ça, que ceux/celles qui liront ce message en profitent aussi !
De là mon questionnement premier: toutes ces contraintes ne dénaturent-elles pas le propos initial ?
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Salus

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"Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense."

(Baudelaire)