Naissance du poème
T'as vu le beau silex que j'ai taillé pour toi ?
Elle s'en fout complètement ! Pourtant la peau
de l'aurochs que je lui offris, et du pipeau
- non encor inventé – qui sifflait mon émoi,
Tout cela la laissait en grande indifférence.
J'ai appris à souffler en trois fois mon discours,
afin que mon respir ne soit pas pris de court,
accordé à mon pas, j'ai inventé la danse.
Ces rythmes en mon corps vibrent tous en accord ;
si je fatigue moins et si bien mieux je pense
lors que je marche ainsi, parfois jusqu'à la transe,
le plaisir ressenti ne vient d'aucun décor.
Ignorant l'écriture, on dit beaucoup d'histoires ;
et pour s'en souvenir, on place à chaque pause
un son comme un marqueur qui rappelle la chose,
et la mémoire alors cesse d'être passoire.
Jusqu'à quatre parfois j'allonge ma mesure.
De l'art de bien parler, je suis, dit-on, le chef !
Maintenant que j'écris, mon propos est moins bref,
Dans le marbre, on le grave afin que plus il dure.
Des premiers grognements du paléolithique,
on retient la chanson d'Eurydice et d'Orphée.
J'ai inventé la Lyre et je pleure ma fée ;
entendez du lointain ma plainte et sa musique !
©JIM