Je n’ai jamais aimé les madeleines ou autres pâtisseries. Même loupiot. Certes le caramel et le far aux pruneaux échappaient à cette aversion qui frisait l’anormalité. Mais pas au point de déclencher la machine à souvenirs. En revanche, comme la madeleine sur celui de Proust, la seule odeur du kig-ha-farz a sur mon inconscient des vertus magiques.
Le voyage dans le temps se précise dès la première bouchée. Je me retrouve à Kerfelgar, dans la ferme de Prosper et Francine, les cousins de maman qui nous accueillent depuis que Brest est bombardée. La salle commune sent en permanence cette robuste variante de la potée, devenue le plat emblématique des gens du Nord-Finitère.
J’ai trois ans. Je dors avec Alfred, qui en a largement quatre, dans un lit-clos près de la cheminée. Une nuit, dans son sommeil il m’a heurté le pif. Qui depuis est un peu de traviole. Dans la journée, ses grandes sœurs me hissent sur un cheval qui me semble gigantesque.
Dès la libération nous rentrerons à Lambézellec dans le char-à-banc de Prosper. L’église est en ruines, comme la plupart des maisons du bourg. Mais notre vieil immeuble de la Rue Robespierre est encore debout. Juste à côté il y a une fête et la sono diffuse en boucle “C’est une fleur de Paris”.
Maintenant que j’y pense, ce week-end je me m’offrirais bien un bon kig-ha-farz. Et si le fantôme de Marcel Proust s’invite, on lui proposera des madeleines.