Sous les jeunes rameaux qui, subtils, se balancent,
L’eau vive fait ouïr son murmure berceur.
Ce ru qui au hasard mène sa nonchalance
Pour l’âme a les vertus sages d’un guérisseur.
Ce modeste cours d’eau n’égale pas le Rhône :
Il trace dans les prés son sillon argenté
Et serpente, enjoué, sans hâte, entre les aulnes,
Sans souci, sans projet, sinon de serpenter.
Un vieux pêcheur taiseux, près d’une cascatelle,
Songe, l’orteil à l’air et la visière au front ;
Sur l’herbe rejetée, une brème pantèle,
Promise, résignée, au beurre et au citron.
Mais plus loin, la rivière en fredonnant sinue,
Insensible au péril dormant des hameçons.
Elle poursuit son cours, secrète et inconnue,
Pleine de galets blancs et de libres poissons.