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[Nouvelle]Présence indolore

Par : Jim

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Jim

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Il est midi, l'Alka seltzer bulle au milieu des glaçons. La flore de Paul sera requinquée sous peu. Cet été, tout fond, même l'ombre sous le palmier. Avant, les fruits trop mûrs s'éclataient sur le sol. Les gens d'ici les laissaient pourrir pour nourrir le sable sur lequel de chiches arbres poussaient durant les fraîches nuits de printemps.
Un détail gênant, sous ce tropique, uniquement les entières saisons existaient, la chaude plus longue que la froide. Pour ceux vivants, depuis la grande catastrophe climatoionique, avec les manchots, ces petits oiseaux, dénués d'ailes, qui ne se nourrissaient que de la chair de poissons congelés naturellement, après que la fonte les eût dégagés de leur albe prison, pour ceux-ci exclusivement le mot espoir n'existait plus faute de racines pour l'alimenter. Les autres, ceux qui y crurent un temps, par habitude acquise durant l'ancienne ère, ils n'avaient pas survécu.
Paul n'avait rien connu de ce temps là. On lui en avait parlé. Plus de témoins, uniquement la mémoire de cette première génération, dite de « la vierge floraison ». Alors, il se souvenait, plus précisément, il se souvenait des dires entendus, de sorte que se confondait, sans qu'il le sache, le raccord des récits, inventé par son esprit, avec le réel qui, de cette façon, était mort deux fois, une fois par suppression impure et simple, une autre couvert par le conte.

Paul avait une chatte noire, belle comme un trottoir. Ce félin disposait d'autant de vies que de queues. Sans doute ce jour-là requit-il sa dixième... ? Lorsque ce feu glacé brisa toutes les portes, toutes les fenêtres, la belle à toison brune brûla tandis que son œil suivait l'envol apeuré des oiseaux. Lui, était dans sa cave, celle de niveau deux, cherchant une bouteille rare à n'ouvrir qu'en de célestes occasions... sans savoir que celles-ci s'achevaient, moins célestes que funestes, en surface, protégé parce qu'enterré prématurément. Il disposait de deux niveaux de caves, la plus profonde accédant à un réseau sous-terrain grâce auquel, toutes les maisons de la ville communiquaient. Cela permit, lors des guerres de religions, ainsi que d'autres... à nombre d'assaillis d'échapper aux assaillants. Cette fois-ci, peu d'assaillis échappèrent, tout autant que d'assaillants... Mais ses semblables étaient assez mous du bulbe, peut-être les réchappés le seraient-ils un peu moins ; l'espoir fait mourir. Mais ce produit de l'humus et du souffle semble ne pas supporter ce qu'il est, il ne peut s'empêcher de casser tout ce qui lui rappelle d'où il vient ; Il ne pardonne au hasard de l'avoir fait surgir du néant.

La porte s'ouvrit, rien n'entra. Pas même un souffle d'air chaud, puis se ferma en claquant, On eut dit la pince d'un crabe cisaillant l'épaisseur de la marée. Le silence brûlait et gonflait, prêt d'éclater, vieux pneu ayant trop roulé toutes ces années autour de la même station. Le chat leva à peine la tête, puis replongea dans le cauchemar de la souris poursuivie. Mais quel chat ? Pourtant, la présence était là, épaississant le silence autour d'elle, de sorte que, ne la voyant pas, les oreilles de Paul pouvaient la suivre. Elle se glissait lentement dans son dos, se préparant à poser sa patte sur son épaule. Répugnant à ce contact délétère, il se leva brutalement en renversant sa chaise, marcha à grand pas, tout en chantant à tue-tête, vers la fenêtre, qu’il ouvrit brutalement en inspirant l'air chaud qui rampait sur les murs. Au dessus du goudron de la rue, l'air vibrionnait telle une tôle ondulant une samba.

Posté à 16h17 le 23 janv. 26

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