En souvenir de Picasso
Absente nymphe, je te vois parmi les roseaux et les roses
Au fond de ce jardin, au bord de la rivière
Où tu vas te baigner : et déjà tu déposes
Ton vert feuillage sur la rive et t'avances dans la lumière...
Quittée enfin ton armure d'écorce, voici blanc et rose
L'aubier qui se résout en charnelle matière :
L'arbre se change en femme, enfin, se recompose
En corps, fesses et seins menus, de belle fille forestière...
Et moi, faune bisulce, avec ma flûte en tubes de calames,
Silencieux, j'épie, et je sens entre moi se gonfler mon désir !
Vient le moment : je t'enlève à pleins bras ! Qu'importent tes soupirs
Et tes gémissements, et cette liberté que tu réclames :
Je te ligote avec des mots qui m'envoûtent en t'envoûtant.
Pour le reste, toi si douce, tu sais le sort qui t'attend !