Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage (…)
Joachim Du Bellay
Art poétique
Maudit soit le rimeur, féru de beau langage,
Qui, devant un public tombé en pâmoison,
Méprise la syntaxe et la conjugaison
Et fait de notre langue un atroce carnage.
Je ne suis pas épris des mots du Moyen-Âge
Ni des termes savants inconnus du Littré ;
J’adule peu celui qui clame, pénétré
De son œuvre, et agit comme un anthropophage.
Plus qu’un sonnet confus bourré d’absurdités,
Me plaisent la justesse et la simplicité.
Plus qu’un pesant discours, un modeste poème ;
Plus la douceur du soir qu’un froid marmoréen,
Plus un rondeau léger qu’un chant mallarméen,
Et plus que tout, les vers de Maurice Carême.