Légendes des origines
l'hexamètre
Longtemps avant Hésiode et précédant Homère,
A Delphes, pour prier sans froisser Apollon
A qui de simples mots paraissaient d'un félon,
Après avoir reclu quelque Pythie amère,
Condamnée, affolée, au joug de la vision
Que la divinité enfumait de mystères
Hypnotiques, nocifs, de fureurs délétères,
Les hiereus, tyrannisés d'indécision,
Ne sachant plus comment s’adresser au démiurge,
Tentaient la psalmodie et la déclamation
Mais le dieu torve, oblique et secret d'intention,
Comme s'il eut voulu que l'aspirant s'insurge,
N'augurait du futur qu'à travers de bas sons,
Se contentait souvent de parler dans les marges,
Octroyant aux mortels des sens beaucoup trop larges
Pour qu'on pût y trouver un semblant de raison.
Fiévreux d'amadouer cette voyance ancienne,
C'est vers Mnémé que l'ordre en transe se tourna ;
La Muse primordiale ouvrant son aile orna
Dès lors chaque supplique avec la beauté sienne,
Intercédant auprès des augustes tympans
Qui, charmés par la grâce, en demeuraient ouverts.
L'augure fut plus clair et les prêtres plus grands.
Ils avaient découvert, presque inventé – le vers.