La poésie sur internet
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Par : Salus
Luxuriantes réminiscences
(Un monde qui disparaît)
- Aux quartiers cachés de Ziguinchor,
Aux vieux, assis sur leurs talons...
La brume en lambeaux, soie impalpable et diaphane,
Lève son voile où luit le ciel
Et l'étoile naissante en cent langues de miel
Caresse et lustre la savane,
La dore et la safrane en un flot torrentiel
Où fluctue et fuit la lumière,
Eblouissante et quotidienne avalaison
Dont, pluie et nuit, point la saison.
Sur le "tan" craquelé, la surface lunaire
Où la faune erre, un horizon
Circulaire indique un havre d'arbres et d'ombre,
Poisseux d'une humide touffeur
Que la glaise du sol, cent fois recuite à cœur,
Annihile au feu de son ambre
Dès qu'une averse sombre à la folle ferveur
Du furieux mascaret solaire
Qui l'évapore avidement,
Buveur soiffard de l'aube claire...
...déjà passée ! Et l'air blanchi d'assèchement
Atteste, pour la bête attentive qui flaire,
Pour la flore qui sent, l'exact futur moment :
L'eau tombera du proche orage,
Instantanée, appelant l'électrique éclair,
Des trombes sembleront la mer,
Qui, poche enceinte sous l'immensité, s'enrage,
Enfle et ravage, au sel amer,
Scarifié fugacement par les sabots,
L'indice de toute la brousse !
L'ondée, ensuite, effacera la terre rousse
Palimpseste incessant des beaux
Habitants : du crapaud-buffle à la biche douce,
Des marabouts aux galagos
En passant par les mains innombrables du singe,
Le grain suivant, comme d'un linge,
Lavera l'étendue en la nappant de flots
Pendant qu'aux îlots la syringe
De mille oiseaux saluera les grâces du vent,
Qu'à l'orée enflera le fleuve,
A l'estuaire où ma mémoire encor s'abreuve
D'une Afrique hélas trop souvent
Sous un joug éprouvant.
Surexploitée et veuve.
Bolongs saumâtres et merveilleux ;
Dauphins des rives, intenses cieux
De mes périples au monde immense.
- Quinze ans ! J'explore la Casamance...
(Le "tan", c'est du wolof)
Posté à 11h48 le 31 oct. 25
Édité à 20h59 le 31 oct. 25 par Salus
C'est magnifique @Salus !
Pendant le temps de ma lecture, j'y étais !
Le havre d'arbres et d'ombre, l'humide touffeur, la glaise recuite à coeur, le grain qui lave l'étendue de flots....
Tu es un grand poéte @Salus. Tu m'as fait voyager et voir...
Merci. Vraiment merci !
Posté à 12h14 le 31 oct. 25
Sylvain a tout dit.
Le taf du poète est de faire surgir des images et des émotions dans la caboche du lecteur.
Dans ce long poème tu t'en acquittes à merveille
Respect
Posté à 12h38 le 31 oct. 25
Ça me rappelle une nuit que j’ai passée à la belle étoile (pas d’hôtel…) à la frontière entre la Guinée et le Sénégal : il y avait un transistor qui diffusait interminablement alentour je ne sais quoi, un discours ou un prêche, prononcé d’une voix profonde et énergique, et auquel je ne comprenais pas un mot, mais c’était assez saisissant. Je suppose que c’était du wolof.
Posté à 16h46 le 31 oct. 25
L'équilibre : entre, oui, ce dont parlent les camarades ci-dessus, je veux dire l'évocation ; celle qui nous fait raccrocher à des images de notre mémoire, issues du réel ou imaginatives, la musique du vers, son hétérométrie qui donne le swing à la lecture et la rime, le côté percussion qui ravit et rassure l'oreille.
Play it again Salus !
[sembleronT, si jeune ma buse]
Posté à 17h04 le 31 oct. 25
Édité à 17h10 le 31 oct. 25 par Lau
Merci à Sylvain et à tous pour cet accueil chaleureux -
sembleronT, c'est exact et ça m'avait échappé, sois béni, oui, oui, pour me signaler ces trucs !
Posté à 18h18 le 31 oct. 25
Édité à 18h22 le 31 oct. 25 par Salus
Oui, les rimes, la musicalité....j'ai omis de le dire, saisie par l'émotion du voyage.
Posté à 22h05 le 04 nov. 25
Trimant pour que l'émotion prime,
Tes omissions, c'est pas méchant !
- Je sais que tu ressens le chant
Soutenu par toute la rime.
Posté à 00h06 le 05 nov. 25
Édité à 08h36 le 05 nov. 25 par Salus
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