Hisse et oh !
Dans le court laps loisible où luire
Le génie apparaît parfois ;
Nullement scribe, son délire
Quand il l'exprime, c'est par voix.
Nous, l'oreille, hérauts de la Lyre,
Sommes au service, pas rois,
De ce souffle où l'on entend bruire,
Qui la flûte et qui le hautbois,
Echo, la nymphe, et le satyre
La poursuivant à travers bois...
Tout mythe-ancêtre ainsi s'attire
La faveur des ferveurs de choix
Dont sait l'intensité séduire
Le trouvère par ses arrois
Et même le public - c'est dire !
Qui reste sensible, je crois,
Car la musique est hétaïre
Et vient chatouiller les émois
Jusqu'en nos tréfonds - sans nous nuire.
Offrons, au laps, pas d'aigre choix,
-Nous le luxe d'une âme apyre
Pour lâcher tous nos feux grégeois
Dans un art meilleur (ou pas pire)
Que l'art moderne orde et bourgeois,
Brillant de plaire et de détruire !
Ayant dû payer mille octrois
Sur la vie et l'air qu'on inspire,
Poètes, ne restons pas cois !
- Le vers tisse, en toile d'épeire,
Des génois et des cacatois ;
Affrétons, afin de conduire,
Sous l'égide de ces pavois,
Avec soin l'immense navire.
Ce message a été édité - le 22-09-2024 à 11:41 par Salus