Monsieur Petit-Chef est comme ça :
Il trône derrière un large bureau vide
- Stylo-plume, sous-main et agenda-
Et c'est le cul vissé qu'il décide.
Il se prend pour un ministre,
Il prend des airs de circonstances,
Souvent réjoui, parfois sinistre,
Des courbettes à outrance.
Et du haut de l'autorité
Que lui confère sa place,
Il dirige ses employés,
Compulse de la paperasse:
Statistiques et graphiques,
Chiffres significatifs
Résultats et diagnostics
Bilans toujours positifs.
Il exploite sa secrétaire,
Humilie ses subalternes
Et de sa démarche altière
Les gratifie d'un rictus paterne.
L'hypocrisie ne l'a jamais étouffé:
Sinon, cela ferait longtemps
Qu'il serait mort et enterré.
Au cimetière des malfaisants.
Il est imbu de sa personne
Et sournoisement fait régner l'ordre
Et quand ses décisions ne sont pas bonnes
Il ne faut pas insister :
il ne va pas en démordre.
Quand il a tort, il a quand même raison
Il a la loi et son grade pour lui
Rien, pas même le bon sens, ne le contredit.
Servilement, il obéit et se plie
A sa vénérée et sacro-sainte hierarchie,
Seul point de repère
Seule valeur fiable
Pour ce zélé fonctionnaire,
Ce Caméléon pitoyable.