Diable ! Qu’ils sont restés bien trop longtemps chez moi !
Stupidement le soir, je sentais quelque émoi,
Je suivais, j’écoutais l’illustre voix d’ancêtres
Et mon oreille pleine entendait tant des maîtres.
Que de soirs, que de nuits ornés d’alexandrins
Nourrissaient la fatigue aphone de mes reins.
Or, la douleur cessait au fil de mièvres lignes
Empreintes d’un passé mais sans en être dignes.
L’essence de la vie omettait de briller
Non, la pensée offerte aux rimes à trier
Sur des brouillons en vrac, sur des pages froissées
Ressortait de l’oubli, des plaintes dépassées.
Les jours dont la pâleur étouffait le soleil
Brillaient l’obscurité d’un loisir sans pareil.
Un nuage, un de plus, animait ma bohème
Un rire disparu souriait en poème.
Et j’errais dans le noir funeste de mes cris
Que seul pouvait entendre un papier plein d’écrits.
Oh ! Les entendait-il ? J’ai tant brûlé de pages
De tout ce temps perdu, de tous ces dérapages
A refuser le seuil ultime des vivants,
A jeter et mon âme et mes songes aux vents !
Quel écho me parvint ? La vie, un temps, omise
Au fil d’alexandrins dont j’adorais la mise.
Le deuil ? Au cimetière, il reste à mes côtés
Mais jette aux souvenirs l’amas de maux notés,
Je garde en florilège un rire, une pensée.
A quoi me servirait tant d’encre dépensée
Pour ceux qui m'étaient chers ? Jamais ils ne liront
Tous ces rires défunts auxquels je faisais front
En vers ainsi bridés dont je viens me démettre
En signant les derniers au bas de cette lettre.
Je croyais encadrer la vie en lettres d’or,
Je n’écrivais l’amour qu’en un tableau qui dort.
Ah ! L’amour au réveil,
Il pourrait ciseler
Tant de rimes, de vers !
Sortie de son écrin
J’ai perdu cette plume
Amoureuse de maux.
J’ai recouvert son encre
D’une dentelle bleue
Libre de son essor
A l’écart des poèmes.
Ecrire sa douceur ?
La vivre me suffit …