Chez Pierrot
Sur le comptoir de marbre,
Au repos de mon âme je trinque,
Gravant d’un doigt humide,
Sur mon verre, l’épitaphe
D’une vie sans gloire.
Ci gît…
Zut ! Plus de place j’ai fait le tour !
Un regard, un sourire?
Non, juste une affiche dans le miroir
Qui me vante Cinzano…
Et le patron ,d’un sale œil,
Qui me scrute derrière ses lunettes,
Craignant misère à son autel..
Je le salue dignement.
Enfin j’essaie,
Et commande un autre cocktail…
Au fond du bar,
Un grand père édenté vocifère
Non ! il chante, l’animal,
Une vieille complainte de marins,
Parlant de voyages et de belles catins.
En cadence il bat de son pied…en bois !
Achab n’est pas mort avec sa baleine…
L’horloge égrène ses secondes
Et moi mes dernières pièces.
Juste assez pour un dernier,
Avant le grand voyage.
Mais l’ombre soudain m’aspire
Vers le sol écarlate…
Une lumière bleue et blanche…
Le passeur est là
Qui m’invite et me soumet.
Tiens ! ils sont deux ?
Au diable l’avarice !
Ils m’emportent …
En lettres de feu
Sur le vaisseau de la mort :
POLICE
Tof