Depuis que je suis con, je porte des lunettes.
On m’a dit : « Tu verras, ça rend intelligent. »
Cependant, j’ai bien peur qu’elles soient contrefaites :
Je vois bien que, moins con, je le suis bêtement.
Si j’avais plus d’esprit, je pourrais mieux parler ;
Avec du jugement, je saurais quand me taire…
Que maudit soit le ciel ! Car qui d’autre accabler
Pour ces petits défauts d’intérêt secondaire ?
Que faire d’un lecteur qui, pour mes vers sublimes,
Me traîne dans la boue et salit mes quatrains,
Puis me passe un savon quant à l’Art de mes rimes ?
Comme Pilate, moi, je m’en lave les mains.
Sous une ombre où, mouvante et mordorée,
La lumière dansait son contre-jour
De flaques aux premiers tronc de l'orée,
L'astre bâillait son éveil alentour...
J’ai, pour la prosodie, un mépris souverain.
La règle, à mon avis, peut s’offrir des errances,
Des oublis et pour moi, poète libertin
Cette commodité d’invoquer des licences.
Comment se dire auteur sans avoir publié ?
J’ai donc mis sur Lulu mon Art d’anthologie ;
J’ai payé, pas le choix pour être folié,
Mais pour payer mes vers, on souffre d’allergie.
Moi, tyran, j’aimerais envoyer au supplice
Les gens de poésie aux rêves étoilés,
Ces gens parlant de fleurs, d’espoir et de justice ;
Des mots faibles chacun, mais puissants rassemblés.
À la canopée, luit la belle étoile,
Celle-là même équivalente à l'heur,
Sa sagace orée dit avec ses voiles:
"Rêve la paix, l'exquis s'avance à l'heure."