Une IA, d’après vous, est-elle féminine ?
Peut-on lui demander : « Me veux-tu comme époux ?
Moi j’irai travailler, tu feras la cuisine.
Le mâle est dominant ; c’est comme ça chez nous. »
Vous ne savez combien j’aurais aimé vous pla-
ire en laissant courir mes vers jusqu’à leur te-
rme ; mais mon éditeur, hautain et d’un ton gla-
cial, a dit : « Tirets ! Et même à po-è-te ! »
J’amoncelle des vers dans le but de construire
Un recueil de quatrains approchant l’Idéal.
Quel poète ici-bas saura-t-il reproduire
Cet art aussi naïf qu’eut le facteur Cheval ?
Le show sème l’effroi, au Moyen Orient !
On n’y fait plus la bombe on la lance aux voisins.
Et tant pis si ceux-ci sont ses proches cousins.
L’odieux saura tirer sur le moins souriant.
Mon esprit, au JT, fait preuve d’innocence :
Il avale les si pour en faire son miel,
Place dans les on-dit toute sa confiance,
Et sait mettre au présent le conditionnel.
Sur les tableaux signés IA l'on a tort de s'extasier
Ils rappellent curieusement la peinture académique
Dont la rectitude fut plus tard qualifiée d'art pompier
Par les fervents admirateurs du courant anticlassique
À l’exposition de tableaux d’art graphique,
Fasciné, j’en vois un qui sort vraiment du lot :
Une IA, peint “Le Cri”, réponse algorithmique
Au copié-craché de son portrait-robot.
Concernant sa Russie, un mot doux de Staline
Dit : « Les peuples heureux n’ont pas besoin d’humour. »
Ses échos ont touché l’oreille de Poutine,
Qui voudrait exporter le bon mot à son tour.
Pour ceux doutant encor de mon intelligence,
Je veux faire valoir que, parti de très bas,
Je me suis élevé par méthode et science
Si haut qu’en me lisant, je ne me comprends pas.
Ayant rêvé de vous, j’ai pensé ce matin
(Si vous le désirez, pour un prix dérisoire),
À mettre votre nom en titre d’un quatrain ;
Vous serez sûrs, du coût, de connaître la Gloire.
Hydrogène, Hélium sont nos Adam et Ève,
Éclos dans un jardin de singularité ;
Fille de leurs ferments, la matière se lève
Et sème sa poussière aux vents d’éternité.
Un bon, je ne sais pas ; moi je n’en suis qu’un grand*…
Peut-être suffit-il, sur les marches du Temple,
Comme Hugo le fit avec Chateaubriand,
De n’avoir qu’un seul grand* à suivre pour exemple.
J’ai mis devant l’IA, dans un but de synthèse,
Le choix des meilleurs vers que je ne fis jamais ;
Mais ne se doutant pas que j’en fus la genèse,
Elle m’a dit crûment : « Mon Dieu que c’est mauvais ! »