J’ouvre le robinet de mes vers idylliques,
Fluide d’une source emplissant à loisir
Des quatrains, des sonnets, des œuvres narcissiques ;
Esprit et cœur égaux en quête de plaisir.
Lorsqu’on entend tonner le rire des enfants,
Le cœur, si dur qu’il soit, se met soudain à fondre.
Leur joie emporte tout de ses éclats bruyants,
Alors on se retrouve, enfant, à lui répondre.
Je me suis demandé : Pourquoi ? Pourquoi nous sommes
Des êtres si petits devant le firmament ?
Puis j’ai pensé : Comment ? Comment sont nés les hommes ?
Le tout sans distinguer le pourquoi du comment.
À force de nouer ses doutes affligés
Avec le fil des jours le cocon se déchire
Et la nymphe frissonne, étonnée elle étire
Ses membres engourdis qu'elle croyait figés.
L'incertitude est là, dans ce mot, ce ‘peut-être’ ;
Qu’on lui coupe le bout, le ‘peut’ reste exilé ;
Solitaire au pouvoir que peut-il se permettre ?
Un seul ‘être’ vous manque, et tout est dépeuplé !
Rivé dans mon fauteuil, depuis que j’ai le câble,
Ma chaîne préférée et mon esprit têtu
Me forgent des avis de type indiscutable :
Tiens ! YouTube en voilà ! Tiens ! Tik Tok en veux-tu !
Ne serait-ce agaçant qu’un censeur de métrique
Fisse claquer le fouet dès que vous vous trompiez ?
S’il vous marche dessus de sa lourdeur éthique,
Vous aurez comme excuse : « Il me casse les pieds ! »
Encore un Nouvel An ! C’est déjà le troisième...
Mais celui-ci diffère ; on change de saison.
Pluie et riz vont de pair. Il est temps que l’on sème ;
On sent déjà venir le vent de la mousson.
Pour savoir franchement si mon vers vous vaut bien,
Je le montre aux voisins qui vivent à l’étage ;
Et comme évidemment ils n’y comprennent rien,
Le poète approuvé se remet à l’ouvrage.
Vu le choc pétrolier, les patrons, citoyens,
Font du télétravail leur nouvelle recette ;
Apportant le concours de mes humbles moyens,
Pour lutter, je m’emploie à la téléretraite.
A tout âge il nous faut demeurer coude à coude
et de l'effort de guerre accepter le partage :
laissons nos chers enfants s'user avec courage,
buvons à leur santé en levant haut le coude !
Je comprends ceux aimant la belle poésie ;
Cet Art a-t-il besoin des mots de chansonniers,
Humoristes vaseux, qu’il pleuve ou bien qu’il rie,
Naviguant sur les vers comme des flibustiers ?