Les poètes du dimanch' du lundi au vendredi
Découpent leur vie en tranch' brioche sur pain rassis
Quand arrive le dimanche ils ont perdu l’appétit
Et devant la page blanche … ils attendent le lundi !
Il s'ouvre au point du jour comme éclot une rose,
Offrant ses ailes d'or aux lueurs du matin ;
Il ne sait pas vraiment s'il sert à quelque chose :
Le papillon du jour ne dure qu'un quatrain.
Je veux, de mon vivant, revêtir le costume
Qu’on donne après leur mort aux poètes maudits.
(Il suffit pour cela que les vers de ma plume
Soient voués à l’enfer avant leur paradis.)
Papillonnant aux bois, je vois une chenille
Et me dis : « Quel sujet à mettre en mon recueil ! »
Elle mange une feuille, ou plutôt la mordille,
Puis s’arrête, bavant, pour me faire un clin d’œil.
Personne ne vient plus sur mon terrain de jeu ;
Seul, triste, abandonné, je vaque, inconsolable
Sans qu’un auteur hardi me lance prou ni peu
Ne fût-ce qu’un juron pour m’envoyer au diable.
Ô Muse donne-moi mon vers quotidien.
Soigne-le, s’il te plait, le lecteur n’est pas bête ;
Sème des doctes mots, du grec ionien.
On dira : Quel savoir ! On dira : Quel poète !
J’ai, comme vous savez, le quatrain prolifique ;
C’est mon péché mignon avec le bout-rimé :
Joutes et jeux ballots de poète en plastique,
Mais Art mineur, je crois, très très sous-estimé.