Qu’on me lise, me blâme, ou bien qu’on me flagorne,
Je compte persister à publier mes vers
Et je ferai mentir (oh, les nuls ! bouh, les cornes !)
Tous ceux qui prétendaient : Passera Pas l’Hiver.
Quand point à l’horizon la clarté de l’aurore,
Je vais à pas feutrés au fond de mon jardin,
Et je cueille parmi les vers venant d’éclore
Ceux ayant composé le plus joli quatrain.
Quand point à l’horizon la clarté de l’aurore
Je change de côté, tout au fond de mon lit
Et je me dis : allez, un bon quart d’heure encore,
Roupiller, après tout, ce n’est pas un délit.
J’alterne dans mes vers masculin, féminin,
Car j’ai lu chez Boileau que l’on devait le faire.
La poésie a-t-elle avec le genre humain
Un problème si grand qu’elle soit bipolaire ?
On ne doit se soumettre à rien ni à personne
(Qui donc est ce Boileau ? je crois que c’est un vieux) ;
Si l’on alterne, c’est parce que cela sonne
Plus agréablement, bref : que ça chante mieux.
L'on sait, de temps en temps, rimer sur un seul sexe
(Boileau n'en saura rien si nul ne le répète)
La règle ne doit pas devenir un réflexe
Et s'y plier toujours peut donner un air bête.
Au début, je comptais avec mes doigts, mes pieds.
Maintenant, plus besoin, c’est comme une habitude ;
Je me ris des auteurs aux vers estropiés :
Mon oreille les voit avec certitude.
Prévoyant, j’ai glissé dans l’un de mes quatrains
Une erreur prosodique interdite au poète.
Pas besoin, croyez-le, que mes vers en soient pleins,
Une m’aura suffi pour avoir l’air moins bête.
Je comptais, moi aussi, grâce à ce procédé,
Les syllabes du vers, sans en manquer aucune ;
À vrai dire, pourtant, je fus bien emmerdé
Le jour où mes versets en firent vingt-et-une.
Cette ardeur à brider votre vers triomphal
tandis que nous courons frivoles au muguet
mérite ce matin d’être acclamée, régal !
Mais le dogme, j’avoue, me donne le hoquet.
Donnez-nous en ce jour notre bain quotidien,
Et puis épargnez-nous le péché de la chaire !
Ânonner son sermon ne peut, las, que déplaire
A qui voit dans les nues un hiémal méridien.