Chiche !
Oyez mon gentil Prince,
Oyez mon amertume !
Voyez en quel aride enfer je me consume,
seulette en pâmoisons et secrète rosée,
les fées m’ayant vouée
au vice qui rend sourd …
Venez, je n’en puis plus. Venez à mon secours !
Ma bouche est un brasier
avide du brandon
humide qui saurait à coup sûr l'apaiser
pour peu que vous daigniez céans vous y glisser !
Suis offensée, Seigneur, par ce manque d'ardeur
alors que mon papa, vous comblant de faveurs,
me dotait grassement,
faisait votre fortune,
vous dont la bourse plate implore quelque thune !
Certes je suis scrofule et quelque peu bancroche,
mais vous-même, Riquet, êtes-vous sans reproche ?
Serait-ce mon menton pudiquement velu
ou l’auvent de mon nez qui vous aurait déplu ?
Je vous conseille, ami, pourtant de passer outre ;
de vos dégoûts je n'ai, ce jour d'hui, rien à foutre.
Je ne suis pas pour rien fille de Barbe-Bleue !
Cessez de barguigner, vous me faites languir
et par saint Valentin je vous somme d’agir !
À genoux donc, morbleu,
baisez-moi, je le veux !
S'il faut qu'on vous bouscule
j'ai, parmi mes laquais, un preux de la férule
qui vous attendrira les rognons sans faillir.
Et nous tenons sous clés, en une chambre basse,
quelques jolis trophées des amours de papa
qui n’attendent que vous pour figer dans la glace
une danse macabre honorant vos appâts
Faut-il pour un baiser risquer de trépasser ?
Je ne saurais vous dire,
c'est à vous qu’il échoit à la fin de choisir.
"Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront mort ou vif"