à Sylvain2023 et qqs zôtres
«Qu'en chœurs encore mes émotions assaillent »
En considérant la diérèse « émoti-ons », ce vers, bien qu'alors comptant 12 syllabes, n'est pas alexandrins, car composé ni en 6//6 (deux hémistiches), ni en 4 // 4 // 4 selon le schéma dit hugolien ou romantique.
Le schéma de ton vers est 2 / 2 / 6 / 3
Je note « / » une simple coupe, « // » une césure. Une césure est plus qu'une coupe, elle est le mur porteur du vers. Il peut exister plusieurs césures dans un vers comme, par exemple, dans le schéma romantique ; une césure n'a pas pour but de couper symétriquement un vers, l'alexandrin n'étant qu'un cas particulier fréquent ; dans le cas d'un décasyllabe classique, la césure intervient de sorte à façonner le vers en 4 // 6.
Pas évident de modifier ce vers, l'hémistiche 2 étant occupé par deux mots longs dont l'un est bloqué par la rime, autrement dit : intouchable.
Un exemple, pas terrible, pour illustrer (accents toniques en
gras) :
Qu'en
chœur l'émoti
on et la
rage m'as
saillent
Ce vers est un alexandrin classique en 2 / 4 // 3 / 3
Coupes et césures interviennent toujours à la suite d'un accent tonique, pour marquer une pause respiratoire, d'où le rythme du vers.
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Ton premier vers est un décasyllabe (comme l'indique Lau) :
« Je dépose à tes pieds mon cœur, mon corps »
Il est structuré en 3 / 3 // 2 / 2
Il est facile à transformer en alexandrin, en profitant de l'élan donné par la structure finale 2/ 2 laquelle induit une répétition (effet de style) :
« Je dépose à tes pieds et mon cœur, et mon corps ! »
vers obéissant au schéma classique : 3 / 3 // 3 / 3
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« Porte ma volont
é_à redoubler d'efforts »
Faire gaffe, même si on les accepte souvent, car tout est discutable, ici se trouve un hiatus ! Bouh kilélé !
Il y aurait là une savante discussion allant du refus net au « je m'en fous ! »
Pour moi, le critère principal d'acceptation demeure la finesse d'oreille, ce qui est très subjectif... Les sourds, condamnés à la lecture à l’œil seul, sont des petits veinards... On préférera la viole à l'Iron Metal.
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« J'abats, je tue, j'élimine ce qui t'empêchera »
Oui, 14 et non 12. Mais parfois, c'est facile à corriger sans toucher à la structure du vers. Il suffit de changer un mot par son quasi synonyme, p.e. :
« J'a
bats, je
tue, je
vainc ce
qui t'empêche
ra »
dont le schéma est 2/2/2 // 2/4
Puriste, bien qu'il ne se prononce plus (sinon le vers compterait 13 syllabes), le « e » du verbe « tue » est proscrit car non suivi d'une voyelle qui le lierait. Il y a donc dans ce purisme une contradiction car soit je le prononce et le verbe est de mètre 13, soit je ne le prononce pas – visible, mais inexistant à l'oreille – et le vers compte 12. En fait, les praticiens sont souvent le cul entre deux chaises : compter pour l’œil, mais pas pour l'ouïe... C'est ainsi qu'un aveugle, découvrant un poème que lui dirait un ami, n'y « verrait » que du feu...
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« De me voir ne vivant [qu']avec pour seul espoir
[Que] celui d'espérer te tenir dans mes bras »
Ici, la question n'est pas de prosodie, mais de logique. Il y a un [que] de trop. En effet, tu introduis un incise après le premier [qu'], et tu le répètes à la fin de l'incise. Un seul suffit, tu écris soit :
1 - « de me voir ne vivant [qu']avec pour seul espoir celui de t'espérer te tenir dans mes bras » ;
soit :
2 - « de me voir ne vivant, avec pour seul espoir, celui de t'espérer te tenir dans mes bras »
soit encore :
3 - « de me voir ne vivant, avec pour seul espoir, [que] celui de t'espérer te tenir dans mes bras »
(exemple choisi totalement au hasard, la soluce 2)
Les solutions les plus courtes sont souvent les meilleures.
La suite de « t » n'est pas heureuse, surtout qu'un seul suffit (redondance), dans le vers « celui de
t'espérer
te tenir dans mes bras » Tu pourrais choisir entre
« celui de t'espérer enserrer dans mes bras »
ou encore :
« celui d'espérer te tenir entre mes bras »
Il y a d'autres variantes.
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dans ce vers :
« De t'y garder, t'y voir vivre et mourir pourquoi pas ? »
qui mesure effectivement 13 et non 12, il suffit d'ôter la répétition, perdre l'effet de style pour sauvegarder le vers. On obtient :
« De t'y gar
der, voir
vivre et mou
rirpourquoi
pas ? »
C'est un alexandrin standard, structuré en 4 /2 // 3/3
Je laisse les petits copains montrer leur sagacité !
---------- SUITE ----------
Voici une première réécriture qui ne prétend rien d'autre qu'être un exemple, pas un modèle et encore moins une substitution, tout cela t'appartenant. Par contre, cette version intègre qqs modifs dont je n'ai pas traité précédemment, et que tu repèreras aisément (surtout l'évitement de répétitions)
Je dépose à tes pieds et mon cœur, et mon corps
Qu'en chœur l'émotion autant la rage assaillent
Et chaque coup porté lors de chaque bataille
Dresse tout mon vouloir à redoubler d'efforts
Je reprends des instants des jours et des secondes
En les tordant ainsi comme cette douleur
Qui me fait me courber devant tant de chaleur
Que tu sais dégager quand mon amour t'inonde
J'éclaircis un chemin pour qu'il te mène à moi
J'abats, je tue, je vainc ce qui t'empêchera
De ne me voir vivant, avec pour seul espoir,
Celui de te tenir en songe entre mes bras
De t'y garder, voir vivre et mourir pourquoi pas ?
Quand les rêves sont là, il n'est jamais trop tard .
Voir dans les tercets la structuration selon Marot, Pelletier pour le sonnet français, ou celle du sonnet anglais.
* Pour le français, on a les rimes aa bccb (Pelletier) ou aa bcbc (Marot). Pour le premier les rimes sont embrassées, pour le second alternées. Le sizain (2 tercets = 1 sizain) commence chaque fois par un distique.
* Pour le sonnet anglais, le sizain s'achève par un distique.
Dans tous les cas (quatrains et tercets), tous les vers respectent l'alternance des genres, féminin ou masculin mais, de plus, les rimes respectent la cohérence des genres (le féminin rime avec le féminin, - id le masc. - et la cohérence du nombre, le singulier rime avec le singulier – id. le pluriel.
C'est au niveau de la structuration des tercets que ton sonnet défaille le plus : absence de distique, rimes approximatives et toutes masculines, incohérence du nombre.