"Atelier perpétuel de réparation"

Par : Salus
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Avatar

Oxalys

Posts: 3536

Membre

Non, cher Jim, je n'ai rien oublié dans le cas posé par RommelPh. Franchement, tu extrapoles !

Le verbe de la principale étant à l'indicatif (se peut-il), on déduit que l'auteur s'est réellement posé la question s'il aimait ou non.

Là tu demandes : "se pourrait-il que..." au conditionnel. Donc, n'étant même pas sûr de la question, la réponse est carrément du domaine de la pataphysique !


Quant à savoir si tu aimais déjà les endives au temps du déluge, je serais bien incapable de le dire, ne sachant pas si l'on cultivait ce légume dans la région de Sodome et Gomorrhe.
En outre, je te savais d'un certain âge, mais pas biblique quand même !
😶
Avatar

Ggabrielle

Posts: 301

Membre


"Autant pour moi"
Correcteur : Au temps pour moi
Bonne question pour le "garage".
Avatar

Jim

Posts: 5179

Membre

Longtemps, le premier fut considéré fautif, pas le second. Ce n'est plus le cas, les deux sont acceptés. Cependant, ils ne signifient pas du tout la même chose; il est bon d'essayer de comprendre ce que l'on dit / écrit.
"Au temps pour moi" est une expression de type militaire, une injonction à respecter une temporalité pour la bonne exécution d'un plan, faire les choses dans les temps; cela s'appliquerait bien aussi à un chef d'orchestre dirigeant ses musiciens, à la baguette, bref : être et rester dans les temps.

Pour ce qui est de "autant pour moi", le temps ici n'a rien à y faire. Règne une confusion due à l'homophonie. C'est elle qui probablement a favorisé le glissement de la signification spécialisée au militaire de la première, au parler populaire de la seconde, qui signifie appliquer à soi-même les compliments adressés par mégarde à quelqu'un d'autre. Je critique vertement quelqu'un jusqu'à ce que, constatant mon erreur, je présente mes excuses en m'adressant à moi même mes acerbes critiques. C'est donc une opération de retour.

L'expression de même type "autant en emporte le vent" signifie aussi la perte de ce qui est léger, sans importance, allant jusqu'à questionner la réalité de cette importance. Elle est celle que j'ai toujours employée, même enfant, puis découverte dans une ballade de Villon, laquelle servit de traduction au titre du roman de Margareth Mitchell. Difficile donc d'ignorer la primauté de cette expression, et de prétendre ne pas la comprendre, ni même qu'elle serait fautive - j'ai eu à faire à qqn qui ne démordait pas de l'expression "au temps en emporte le vent" -, à moins de tenter de l'expliquer à Maître François en remontant à 1465 environ...

Résumons : les deux sont acceptables, chacune possède sa propre signification; on ne peut donc les confondre / co-fondre.
Avatar

Salus

Posts: 8616

Membre

On peut supposer la formule bien plus ancienne que Villon, Car l'expression (littéralement "autant en emporte li vent") apparaît dans une "balade en vieil langage françoys" ; je penche pour une émanation ancestrale, voire immémoriale, du génie populaire.
Avatar

Liva Soléa

Posts: 91

Membre

L’interprétation peut parfois nous jouer des tours. Je me suis longtemps interrogée sur cette expression, et j’ai fini par faire quelques recherches pour comprendre ce qu’elle recouvre réellement — au‑delà de ce que l’on croit intuitivement.

« Au temps pour moi »
C’est la forme traditionnelle, attestée dans le vocabulaire militaire et sportif. Lors des manœuvres, « Au temps ! » signifiait : reprenons au même temps, corrigeons la synchronisation. Le « pour moi » indique simplement : je me corrige, je reconnais mon erreur. Ce sens est documenté et ne pose pas de difficulté.

« Autant pour moi »
Cette forme s’est développée par homophonie, mais elle n’est pas fautive pour autant.
Elle est admise dans les dictionnaires, car elle repose sur une logique ancienne : on disait autant pour moi lorsqu’on distribuait des cartes ou qu’on partageait une tâche, pour signifier j’en prends ma part. De là vient l’usage moderne : je m’applique la même correction, je reconnais ma part d’erreur. La notion de quantité s’est effacée, mais la structure reste cohérente.

Sur l’interprétation
Dire que « autant pour moi » signifierait littéralement la même quantité pour moi est une interprétation personnelle, mais ce n’est pas ainsi que l’expression est attestée dans la langue française. Connaître l’origine des deux formes permet simplement d’éviter de leur attribuer des sens qui ne correspondent pas à l’usage réel.

Conclusion
Les deux expressions sont correctes aujourd’hui. L’une vient du vocabulaire militaire, l’autre de l’usage populaire. Elles convergent vers le même sens moderne : je reconnais mon erreur.
Avatar

Pierre Lamy

Posts: 3811

Membre

J'étais persuadé que seule la première forme était correcte
Autant pour moi.🤗
Avatar

Tontonjacques

Posts: 704

Membre

Comme dirait Vladimir : OTAN, suspends ton vol !
Avatar

Sylvain2023

Posts: 216

Membre

Bonjour,

Je dépose un poème que j'aime bien. Je le sais imparfait mais je n'arrive pas à dépasser l'idée de départ et je reste butée sur ses imperfections. Que faire ? Que changeriez-vous?


Rêves


Je dépose à tes pieds mon coeur, mon corps
Qu'en choeurs encore mes émotions assaillent
Et chaque coup porté lors de chaque bataille
Porte ma volonté à redoubler d'efforts

Je reprends des instants des jours et des secondes
En les tordant ansi comme cette douleur
Qui me fait me courber devant tant de chaleur
Que tu sais dégager quand mon amour t'innonde

Je dégage un chemin pour qu'il te mène à moi
J'abats, je tue, j'élimine ce qui t'empêchera
De me voir ne vivant qu'avec pour seul espoir


Que celui d'espérer te tenir dans mes bras
De t'y garder, t'y voir vivre et mourir pourquoi pas ?
Quand les rêves sont là, il n'est jamais trop tard .


Merci.



Avatar

Lau

Posts: 3019

Membre


Yo Sylvain 2023,

Ton écrit a la couleur du sonnet ; forme classique. Souhaites-tu des remarques collant au plus près de cette forme telle qu'elle est définie par Banville, par exemple ?
Avatar

Sylvain2023

Posts: 216

Membre

Avatar

Lau

Posts: 3019

Membre



OK ; mon conseil sur le sens concernant ton écrit et cette forme ne portera que sur la transition entre les quatrains et les tercets : cette transition constitue ce qu'on appelle la "Volta" : une charnière qui doit plus ou moins se ressentir comme dans les écrits en prose quand on sent un instant, un fait qui déséquilibre ou rééquilibre une situation initiale.

Maintenant je ne vais te parler que de technique :

La majorité de tes vers sont des dodécasyllabes (j'emploie ce terme à dessein car l'alexandrin est normé par les césures : 6/6, 4/4/4 depuis Totor : J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin). Pour coller au classique ou au néo-classique (vers réguliers ou irréguliers), le minimum syndical est que, pour chacun d'eux, on compte effectivement 12 syllabes or :

Je dépose à tes pieds mon coeur, mon corps 10
Qu'en choeurs encore mes émotions assaillent 11
Et chaque coup porté lors de chaque bataille 12
Porte ma volonté à redoubler d'efforts 12

Je reprends des instants des jours et des secondes 12
En les tordant ansi comme cette douleur 12 aInsi
Qui me fait me courber devant tant de chaleur 12
Que tu sais dégager quand mon amour t'innonde 12 iNonde

Je dégage un chemin pour qu'il te mène à moi 12
J'abats, je tue, j'élimine ce qui t'empêchera 14
De me voir ne vivant qu'avec pour seul espoir 12


Que celui d'espérer te tenir dans mes bras 12
De t'y garder, t'y voir vivre et mourir pourquoi pas ? 13
Quand les rêves sont là, il n'est jamais trop tard .12


Porte ma volonté à : à part un mot fini par un "e" qui coulera sur une autre voyelle, tout choc entre deux voyelles ou entre une voyelle et un mot commençant par un "h" muet est considéré comme fautif (hiatus).

Je tue, j'élimine ; le "e" de "tue" doit couler sur une voyelle ou sur un "h" muet.


Je te laisse remanier ton écrit et j'écris bien sûr sous le contrôle des versificateurs et andragogues émérites présents dans la salle.

Courage ! C'est passionnant cette occupation, c'est l'oeuvre d'une vie.




Avatar

Salus

Posts: 8616

Membre

Tiens ?
Le Garage réouvre !
(Je suis en tous points d'accord avec les points relevés ; il y faudra aussi, si tu le désires, Sylvain, mener un travail sur les rimes, qui, pour un sonnet versifié, sont défectueuses, je me tiens à ta disposition ; j'ajoute que le texte, pétri d'affects et d'émotion, mérite qu'on le travaille.)
Avatar

Sylvain2023

Posts: 216

Membre

Merci @Salus.


"Je dépose à tes pieds mon coeur et tout mon corps
Qu'en choeurs encore toutes mes émotions assaillent
Quand chaque coup porté lors de chaque bataille
Portant ma volonté va redoubler d'efforts.


"et tout mon corps " genre on pourrait n'en déposer que quelques morceaux ? ça ne va pas ...bien evidemment.

"va redoubler " ne me plaît pas non plus.


"Je reprends des instants des jours et des secondes
En les tordant ainsi comme cette douleur
Qui me fait me courber devant tant de chaleur
Que tu sais dégager quand mon amour t'inonde

Je dégage un chemin pour qu'il te mène à moi
J'abats et j’élimine ce qui t'empêchera/ 13
De me voir ne vivant qu'avec pour seul espoir


Que celui d'espérer te tenir dans mes bras
T’y garder, t'y voir vivre et mourir pourquoi pas ?
Quand les rêves sont là, il n'est jamais trop tard .



Le reste est à changer si je veux respecter la forme de Banville.

Ça ne va pas être de la tarte.

Je vais revenir...
Avatar

Salus

Posts: 8616

Membre

Sylvain, ne travaille pas avant de savoir - et nous dire - exactement ce que tu veux : il me semble que tu veuilles un sonnet régulier et banvillien (français), dont tous les paramètres entreraient dans le vers régulier (celui de la versification) ; si c'est bien le cas, il y a pas mal de choses que tu dois intégrer ; pour ça, je suis à ta disposition, ici ou en MP (Military Police ? Non ! Message Personnel !), sinon, il te faudra préciser ta pensée, pour qu'on puisse te filer un coup de main dans le sens qui te conviendra.
(Signé : un mécano littéraire)
Avatar

Jim

Posts: 5179

Membre

à Sylvain2023 et qqs zôtres



«Qu'en chœurs encore mes émotions assaillent »

En considérant la diérèse « émoti-ons », ce vers, bien qu'alors comptant 12 syllabes, n'est pas alexandrins, car composé ni en 6//6 (deux hémistiches), ni en 4 // 4 // 4 selon le schéma dit hugolien ou romantique.
Le schéma de ton vers est 2 / 2 / 6 / 3

Je note « / » une simple coupe, « // » une césure. Une césure est plus qu'une coupe, elle est le mur porteur du vers. Il peut exister plusieurs césures dans un vers comme, par exemple, dans le schéma romantique ; une césure n'a pas pour but de couper symétriquement un vers, l'alexandrin n'étant qu'un cas particulier fréquent ; dans le cas d'un décasyllabe classique, la césure intervient de sorte à façonner le vers en 4 // 6.
Pas évident de modifier ce vers, l'hémistiche 2 étant occupé par deux mots longs dont l'un est bloqué par la rime, autrement dit : intouchable.
Un exemple, pas terrible, pour illustrer (accents toniques en gras) :

Qu'en chœur l'émotion et la rage m'assaillent

Ce vers est un alexandrin classique en 2 / 4 // 3 / 3

Coupes et césures interviennent toujours à la suite d'un accent tonique, pour marquer une pause respiratoire, d'où le rythme du vers.

****

Ton premier vers est un décasyllabe (comme l'indique Lau) :
« Je dépose à tes pieds mon cœur, mon corps »
Il est structuré en 3 / 3 // 2 / 2
Il est facile à transformer en alexandrin, en profitant de l'élan donné par la structure finale 2/ 2 laquelle induit une répétition (effet de style) :
« Je dépose à tes pieds et mon cœur, et mon corps ! »
vers obéissant au schéma classique : 3 / 3 // 3 / 3

*****

« Porte ma volonté_à redoubler d'efforts »

Faire gaffe, même si on les accepte souvent, car tout est discutable, ici se trouve un hiatus ! Bouh kilélé !

Il y aurait là une savante discussion allant du refus net au « je m'en fous ! »

Pour moi, le critère principal d'acceptation demeure la finesse d'oreille, ce qui est très subjectif... Les sourds, condamnés à la lecture à l’œil seul, sont des petits veinards... On préférera la viole à l'Iron Metal.

*****

« J'abats, je tue, j'élimine ce qui t'empêchera »
Oui, 14 et non 12. Mais parfois, c'est facile à corriger sans toucher à la structure du vers. Il suffit de changer un mot par son quasi synonyme, p.e. :
« J'abats, je tue, je vainc ce qui t'empêchera »
dont le schéma est 2/2/2 // 2/4

Puriste, bien qu'il ne se prononce plus (sinon le vers compterait 13 syllabes), le « e » du verbe « tue » est proscrit car non suivi d'une voyelle qui le lierait. Il y a donc dans ce purisme une contradiction car soit je le prononce et le verbe est de mètre 13, soit je ne le prononce pas – visible, mais inexistant à l'oreille – et le vers compte 12. En fait, les praticiens sont souvent le cul entre deux chaises : compter pour l’œil, mais pas pour l'ouïe... C'est ainsi qu'un aveugle, découvrant un poème que lui dirait un ami, n'y « verrait » que du feu...

*****

« De me voir ne vivant [qu']avec pour seul espoir
[Que] celui d'espérer te tenir dans mes bras »

Ici, la question n'est pas de prosodie, mais de logique. Il y a un [que] de trop. En effet, tu introduis un incise après le premier [qu'], et tu le répètes à la fin de l'incise. Un seul suffit, tu écris soit :

1 - « de me voir ne vivant [qu']avec pour seul espoir celui de t'espérer te tenir dans mes bras » ;

soit :

2 - « de me voir ne vivant, avec pour seul espoir, celui de t'espérer te tenir dans mes bras »

soit encore :

3 - «  de me voir ne vivant, avec pour seul espoir, [que] celui de t'espérer te tenir dans mes bras »
(exemple choisi totalement au hasard, la soluce 2)
Les solutions les plus courtes sont souvent les meilleures.

La suite de « t » n'est pas heureuse, surtout qu'un seul suffit (redondance), dans le vers « celui de t'espérer te tenir dans mes bras » Tu pourrais choisir entre
« celui de t'espérer enserrer dans mes bras »
ou encore :
« celui d'espérer te tenir entre mes bras »
Il y a d'autres variantes.

*****

dans ce vers :
« De t'y garder, t'y voir vivre et mourir pourquoi pas ? »
qui mesure effectivement 13 et non 12, il suffit d'ôter la répétition, perdre l'effet de style pour sauvegarder le vers. On obtient :
« De t'y garder, voir vivre et mourirpourquoi pas ? »

C'est un alexandrin standard, structuré en 4 /2 // 3/3

Je laisse les petits copains montrer leur sagacité !

---------- SUITE ----------

Voici une première réécriture qui ne prétend rien d'autre qu'être un exemple, pas un modèle et encore moins une substitution, tout cela t'appartenant. Par contre, cette version intègre qqs modifs dont je n'ai pas traité précédemment, et que tu repèreras aisément (surtout l'évitement de répétitions)

Je dépose à tes pieds et mon cœur, et mon corps
Qu'en chœur l'émotion autant la rage assaillent
Et chaque coup porté lors de chaque bataille
Dresse tout mon vouloir à redoubler d'efforts

Je reprends des instants des jours et des secondes
En les tordant ainsi comme cette douleur
Qui me fait me courber devant tant de chaleur
Que tu sais dégager quand mon amour t'inonde

J'éclaircis un chemin pour qu'il te mène à moi
J'abats, je tue, je vainc ce qui t'empêchera
De ne me voir vivant, avec pour seul espoir,

Celui de te tenir en songe entre mes bras
De t'y garder, voir vivre et mourir pourquoi pas ?
Quand les rêves sont là, il n'est jamais trop tard .


Voir dans les tercets la structuration selon Marot, Pelletier pour le sonnet français, ou celle du sonnet anglais.
* Pour le français, on a les rimes aa bccb (Pelletier) ou aa bcbc (Marot). Pour le premier les rimes sont embrassées, pour le second alternées. Le sizain (2 tercets = 1 sizain) commence chaque fois par un distique.
* Pour le sonnet anglais, le sizain s'achève par un distique.

Dans tous les cas (quatrains et tercets), tous les vers respectent l'alternance des genres, féminin ou masculin mais, de plus, les rimes respectent la cohérence des genres (le féminin rime avec le féminin, - id le masc. - et la cohérence du nombre, le singulier rime avec le singulier – id. le pluriel.

C'est au niveau de la structuration des tercets que ton sonnet défaille le plus : absence de distique, rimes approximatives et toutes masculines, incohérence du nombre.