[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] On se fait à tout, jusqu'aux plus grands bonheurs, ceux qui plongent nos âmes dans cette ineffable félicité que doivent avoir celles des anges. Rien n'avait été facile pourtant, on pouvait même dire que les premiers moments avaient été d'une extrême douleur, mais je savais qu'il me fallait en passer par là. Alors je m'étais obstiné et aujourd'hui, en regardant le soir descendre sur la vallée que domine ma terrasse, une sensation de plénitude qu'offre l'effort récompensé s'installe et prend ses aises, comme la fatigue d'après l'amour.
J'ai repoussé la chaise, allongé les jambes, plié ma serviette et posé les couverts dans l'assiette, je me verse un verre de Fixin en regardant le soleil s'effacer derrière la courbe des collines, tout peut s'arrêter maintenant, puisque tout est accompli.
Mais pour que vous compreniez ce qui m'arrive, il va me falloir raconter. C'est important que vous compreniez parce que sinon, vous me jugeriez mal, forcément.
C'était il y a trois semaines, juin commençait . Dans le jardin tendrement incliné vers le ruisseau Sylvie coupait des roses qu'on appelle « Belle de Crécy » dont ma grand-mère disait du rosier qu'il avait été planté par son grand-père. Un genre de rosier sans épine qui n'a pas ce côté « m'as-tu vu » de bien des variétés d'aujourd'hui. Une rose qui ne dure que ce que doit durer une rose mais qui offre tout son parfum, sans restriction, sans fioritures, sans minauderies.
Sylvie et les roses. Le jardin en est rempli et je me demande encore si elle n'est pas devenue ma femme à cause d'elles. Sylvie au milieu des roses dans la lumière de ce matin de printemps, c'était beau à en pleurer.
C'est là que je sus.
D'un coup tout se fixa. Comme une évidence. Définitivement.
Il devait être onze heures ce dimanche quand elle remonta, embaumant la terrasse. Elle avait posé les fleurs coupées sur la table et les préparait pour en faire un bouquet.
J'allais (combien de temps mets- tu à y aller ? ) vers la fontaine, pris la bassine en fer blanc qu'on accroche à côté et m'approchais (même question) de la table. J'embrassais (etc… mais c’est moins évident, moi je prendrais mon temps) Sylvie sur la nuque, là, juste à la naissance des cheveux en lui disant que je la voulais.
Sa peau n'avait pas fini de frissonner quand je lui plantais (ça devient vraiment du vice si c’est lent… mais je le conçois) le sécateur dans la jugulaire en la maintenant penchée vers la table, sur la bassine qui se remplit de son sang jaillissant à gros bouillons tel(le) une résurgence des rivières souterraines de nos causses. En quelques instants elle ne bougea plus. Il fallait que je fasse vite, avant que sa chair ne se décompose. Je la voulais belle.
Tout d'abord le sang. En boire, jusqu'à ne plus pouvoir, sur l'instant, chaud et mousseux. Mais avant, avec la main, le touiller pour ne pas qu'il caille, en tournant, la main dans le sang de Sylvie, jusqu'à mi bras. Puis j'allais dans la cuisine chercher un verre que je plongeais dans la bassine et en bu(s) à grandes goulées, sans respirer, il en coulait sur mon menton, dans mon cou et ces coulures tièdes me transportaient de plaisir. Quand je ne pu(« s » t’aimes pas les « s », ça te fait penser aux crocs de bouchers ?) plus boire, je vidais de leur contenu trois bouteilles d'eau minérale que je remplis du sang restant et le remisais dans le frigo.
Je savais qu'à partir de cet instant, tout allait être épuisant, mais je devais aller au bout, pour elle, pour nous, parce qu'on s'aime.
Tout d'abord il fallait transporter mon amour à la cave, il y fait toujours frais. Je la pris dans mes bras et descendais l'escalier extérieur, je la déposais sur la vieille table en formica, puis j'allumais. La lumière crue de l'ampoule nue lui donna la peau plus blanche encore. Je l'embrassais à la pliure du coude là où sa douceur parfumée n'en finit pas de m'émouvoir.
Je profitais de ces derniers moments où nous étions encore deux, tout en sachant que notre plaisir serait plus grand encore quand nous ne ferions qu'un.
Cette perspective me ramena à la réalité de la besogne qui m'attendait.
Jusque là, le travail n'avait pas été trop difficile, maintenant il me fallait faire le plus dur. Couper.
Je la déshabillais lentement pour profiter encore un peu de son corps. Je caressais ses chevilles du bout des doigts, l'intérieur de ses cuisses diaphanes, son sexe où il fait si bon se perdre, son ventre dont je léchais le nombril, ses seins, ses bras, sa bouche, ses yeux noirs que je laissais ouverts pour qu'on se regarde.
Il était temps. J'allais prendre la feuille de boucher qui me servait à découper le cochon et d'un coup je lui tranchais la tête que je posais droite, au bout de la table.
Ses yeux ne se fermaient pas. Elle avait un léger sourire aux lèvres. Je sais qu'il était de plaisir.
Je la démembrais, l'éviscérais, taillais les côtés, stockais les morceaux les plus gros dans les bacs du congélateur. J'allais faire un trou dans le jardin pour y enfouir ses entrailles et je dois vous dire qu'il me coûta de refermer la fosse car je savais que cette part d'elle m'échappait. Mais l'odeur m'aida à surmonter mon regret. Et puis les boyaux sont notre coté obscur, celui des mauvaises pensées. Malgré tout il me coûta de m'en séparer.
Quand ce fut fait, je pris sa tête, la montais dans la cuisine pour la poser sur l'évier. Je mis à bouillir de l'eau salée dans un grand faitout et m'assis pour regarder une fois encore les yeux de Sylvie. J'attendais en silence que l'eau frémisse. Je savais que le moment était venu de ne plus la voir. Je pris sa tête et l'embrassais de longues minutes, je crus mourir de douleur et mes larmes se mêlaient au sang, enfin je la plongeais dans l'eau et refermais le couvercle.
Il fallait que je prépare le reste.
Mais le plus dur était passé. Je pus donc sans trop de difficulté, désosser, trancher, hacher. Tout fut réduit en un peu plus d'une heure.
Je remontais dans la cuisine, arrêtais (pas si simple… c'est ralenti) le feu. Je sortis la tête et la mis sur la table à découper, l'énucléais, puis avec une fourchette j'entrepris de racler les os. Je mis la chair et les cartilages, amollis par la cuisson, dans un plat. J'assaisonnais avec de l'ail, du persil, du poivre et laissais refroidir.
Je passais le reste de la journée à la cave à faire les pâtés, saucisses et rôtis. Je ne mangeais que le soir et encore d'un rien, un yaourt je crois. Exténué, j'allais me coucher.
Le lendemain j'entrepris de broyer les os. Je me servi (ssssssss) d'abord de la masse, puis pour les réduire en morceaux menus, d'un gros marteau.
L'opération dura jusqu'à ce matin, autrement dit il me fallu(thé ?) plus de quinze jours, je ne pensais pas que ce soit si long.
Je l'ai mangé (EEEEE putain, déconne-pas !) un peu tous les jours, en me forçant à en reprendre et en diluant sa poussière d'os dans l'eau que je buvais.
Aujourd'hui c'est le solstice le jour a longtemps résisté, et dans le soir qui s'est installé, nous savons qu'on ne pouvait pas être plus proches. Définitivement ensemble, on est si bien tous les deux.
Je finis mon verre de Fixin en me disant que j'ai eu raison de garder les yeux pour la fin.
ça m'a permis de relire minutieusement... J'aime bien...