Quintus Horatius Flaccus (658 av. JC)
Ode 11, livre 1
Tu ne quaesieris - scire nefas - quem mihi, quem tibi
finem di dederint, Leuconoë, nec Babylonios
temptaris numeros. ut melius, quicquid erit, pati!
Seu plures hiemes, seu tribuit Iuppiter ultimam,
quae nunc oppositis debilitat pumicibus mare
Tyrhenum. Sapias, vina liques, et spatio brevi
spem longam reseces. dum loquimur, fugerit invida
aetas: carpe diem, quam minimum credula postero."
Ne commets pas, Leuconoé, le sacrilège
de chercher quelle fin les dieux
ont marquée pour moi, ont marquée pour toi,
et ne va pas interroger les nombres de Babylone !
Comme il vaut mieux subir tout ce qu'il adviendra !
T'accorde Jupiter plus d'un hiver encore,
ou que soit le tout dernier
celui qui aujourd'hui sur les écueils rongés
brise la mer tyrrhénienne,
sois sage, filtre tes vins, et puisque nous durons peu,
rogne les ailes au long espoir…
Pendant que nous parlons a fui le temps jaloux ;
Cueille le jour sans te fier le moins du monde au lendemain.
Trad. : Claude-André Tabart
Ode 10, livre 2
Rectius vives, Licini, neque altum
semper urgendo neque, dum procellas
cautus horrescis, nimium premendo
litus iniquum.
Auream quisquis mediocritatem
diligit, tutus caret obsoleti
sordibus tecti, caret invidenda
sobrius aula.
Saepius ventis agitatur ingens
pinus et celsae graviore casu
decidunt turres feriuntque summos
fulgura montis.
Sperat infestis, metuit secundis
alteram sortem bene praeparatum
pectus. Informis hiemes reducit
Iuppiter, idem
summovet. Non, si male nunc, et olim
sic erit: quondam cithara tacentem
suscitat Musam neque semper arcum
tendit Apollo.
Rebus angustis animosus atque
fortis appare; sapienter idem
contrahes vento nimium secundo
turgida vela.
Le droit chemin dans la vie, Licinius,
C’est de ne pas pousser toujours bers le large, mais aussi bien
De ne pas serrer de trop près, parce que l’on craint les tempêtes,
Un rivage peu sûr.
Quiconque suit la règle d’or
Du juste milieu est bien à l’abri :
Il ne connaît ni les solives misérables et délabrées,
Ni, dans sa modération, le palais qui fait des jaloux.
C’est plus souvent l’immense pin que viennent tourmenter les vents,
Et bien plus pesante est la chute
Des tours qui montent jusqu’au ciel
- Et ce sont les sommets que frappent les éclairs !
Dans l’adversité il espère, et craint le revers de fortune
Dans la prospérité, le cœur bien aggueri.
C’est Jupiter qui reconduit la difformité des hivers,
Mais c’est encor lui qui les chasse…
Non, si tout va mal aujourd’hui,
Tout forcément n’ira pas mal demain :
Parfois de s lyre Apollon brise le silence des Muses,
Il ne tend pas toujours son arc !
Dans les moments difficiles, montre énergie et courage,
Mais tu feras bien aussi,
Lorsque la gonflera un vent trop favorable,
De sagement réduire ta voilure !
Trad. : Claude-André Tabart