Apres l'amour il a bâillé et m'a pris contre lui, son bras gauche m'entourant, l'autre bras derrière sa tête, il s'endort et moi je retiens mon souffle, j'ouvre les yeux de temps à autre pour regarder son visage abandonné dans le sommeil.
Après son départ, il a envoyé un sms qui parle de liberté, encore une phrase toute faite qu'il a lue quelque part. Il a dit aussi qu'il allait ce soir à une expo, je sais plus, n'ai pas écouté, parfois je m'absente tant il est susceptible de me blesser. Je le laisse carrément en plan au beau milieu de ses petits misérables potins et je pars loin, mes yeux rient, mon cœur se barricade, je sens la tristesse m'envahir, le désespoir m'accabler, je touche du doigt ma solitude extrême car ressentir cela avec un être aimé et "aimant", je ressens l'idée que la mort est la seule issue, je sens que je le peux et c'est odieux que de ressentir une telle solide sordide solitude devant, avec un homme qui dit aimer.
Est ce qu’il est déjà ailleurs ? Déjà ? présent devant moi ? Quand il parle de partir je suis presque soulagée, pointe mon sourire intérieur. Une certaine amertume aussi.
Quand il parle de partir, c'est qu’il est déjà ailleurs, vers sa liberté, ses autres vies.
La solitude ,l'un en face de l'autre, après l' amour,celle que je ressens comme une blessure, rejoint la mort que nous ne partagerons jamais, comme l'orgasme, je ne connaitrai jamais rien de son orgasme, ni lui du mien, même si nous l'avons ensemble. D'ailleurs n'est ce pas dérisoire de ne sembler "partager" que ce misérable "affect" du corps ? Qu'est ce qu'un orgasme sinon le seul point commun avec la mort ? N'est-on pas toujours seul à affronter sa mort comme sa jouissance ?
J'ai abordé aussi l'idée de Comte Sponville, dès l'instant ou nous nous engouffrons dans un amour, nous le condamnons à mourir. Seuls les amours qui restent dans l'impossible, non aboutis, vivent l'éternité. D'ailleurs, si nous avions eu tous les deux, une véritable histoire d'amour, il y 20 ans, croit-il que nous serions aujourd'hui en train de la vouloir continuer ? Non, elle serait morte depuis longtemps, je ne penserais plus à lui et lui à moi.
- Tu as épuisé les amours de tes deux précédentes"(hou il a pas aimé que je parle ainsi de ses deux femmes) mais je sais aussi qu’il a eu des relations extra maritales (une façon de me réjouir d'avoir été préservée de cette infamie, monsieur est un séducteur) quand il était avec la mère de ses enfants.
Mais son instinct a elle, a su choisir, elle a été très vite plus mère qu'amante; certaines femmes ne peuvent être les deux à la fois. Et lui est resté plus homme que père, toujours séducteur. Le vieux mythe de la femme qui fait, élève, éduque la progéniture. Le mythe de l'homme qui va se cacher derrière l'impossibilité pour sa compagne d'être à la fois mère et amante, ce qui lui laisse l'impunité morale dont il a besoin pour continuer à séduire.
Quand mon téléphone a sonné il a émis l'idée que c'était un mec avec qui je faisais l'amour, aussi... (tiens, jaloux ?) J'ai rétorqué" : "tu me crois donc capable de me donner à un autre homme comme je le fais avec toi ? eh bien non, je ne suis pas capable d'une telle vilenie, (entre parenthèse toi, tu peux ) et paf dans sa gueule ! Tout en suggestion radicale !
A un moment il veut absolument que nous écoutions les paroles d'une chanson qu'il aime sur youtube, et il ne peut pas, car je parle, c'est la preuve qu'il préfère écouter des autres paroles que les miennes, ne rien savoir de moi. J'ai découvert aussi qu'il déclame des poèmes non pas à la femme qu’il aime, ou aux femmes qu’il aime, mais à tout le monde, ainsi dans le bus quand il raccompagne ses élèves, il leur dit de la poésie. Ces textes appris par cœur, le sauvent de situations où il n'a rien à dire à la personne en face de lui, il ne s'engage pas. Un jour dans la rue,alors que nous marchions, il s'était mis à réciter un poème, j'avais été émue, je trouvais cela tellement original,tellement délicat, j'ai compris, depuis. (Se méfier des "poètes" ? )
Et je suis là; seule comme une conne dans mon lit !
Lui, avec l'autre.(Je l’appelle madame Pouf II ) Mais lui, il peut !
PS : des fois je dis : pouf 1... ou pouf 2, quand je parle d'elles.
Logiquement, mais pas de certitude, je suis prétenduement la pouf 3. Madame pouf 3.