Devant la mer

Par : Thierrycabot
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Avatar

Thierrycabot

Posts: 137

Membre

Secoue au moins le vide insultant qui te borne
Avec l'oeil nébuleux d'une revêche nuit.
Ne goûte plus jusqu'à vomir le crachat morne
Du médiocre qu'étouffe une écharpe d'ennui.

Hume tes mots, sème ta voix, hisse tes rêves,
Décapite les murs flageolants à moitié,
Et fais encore en magicien des blondes grèves
S'élargir sous ta foi l'horizon tout entier.

Que peuvent les corbeaux que la vermine écrase ?
N'es-tu pas né pour vivre et plus noble et plus grand,
Né pour saisir et mordre au sel de toute phrase
Un peu du coeur naïf d'un soleil pénétrant ?

N'es-tu pas là, si fort et si plein de toi-même,
Si royalement jeune et constellé d'ardeurs,
Oui tellement chéri par l'immensité même
Qu'un enfant y boirait ses futures splendeurs ?

Le monde est vieux, bien sûr, mais l'aube n'a point d'âge.
Les jours sonnent, vêtus comme d'amples secrets.
Au-delà de tes mains, l'heure en vagabondage
Imprime à chaque élan on ne sait quoi de frais.

Le beau ciel presque nu teint les eaux rayonnantes.
La mer adamantine a des jeux orgueilleux.
Du fond de leur clameur, soûles, tourbillonnantes,
Les vagues à l'envi brassent le merveilleux.

Vois trembler le matin à la musique neuve
Et vers l'azur égal sangloter les embruns,
Cueille le songe auquel ton infini s'abreuve
Quand, délice d'écume, il jaillit des flots bruns.

Oh ! combien il te faut de soifs à ta mesure,
Combien... combien tu veux, libre d'aucun soutien,
Ici toujours, malgré la haine et la brisure,
Déchirer l'habit sale où le vil te retient !

Sur les lames, regarde ! Un vol blanc de mouettes
Embrasse l'or liquide au souffle bondissant ;
Car il n'est Miel dont maintes fois tu ne souhaites
Sentir à pleins poumons le goût bouleversant.

Plus loin, dans la ferveur capiteuse et la gloire,
Le vent large médite au seuil de l'éternel,
Et la lumière aiguë aux feux de sa mémoire
Rend le monde à son verbe immense et fraternel.

O rien ne dit assez l'éclat de ta naissance!
L'onde croule sans fin de chavirants échos.
En toi monte et s'agite une claire puissance
Mêlée à la chaleur des roulis amicaux.

Hymnes, fécondité, parfums d'avant déluge,
La mer lave les rocs ; l'air est délicieux.
Va d'une seule haleine y puiser un refuge,
Plein du sang de ton coeur ! plein du cri de tes yeux !
Avatar

Posts: 0

Membre

[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] Je suis sans voix... Mais pas sans larmes.
Merci vraiment, Thierry.
Avatar

Jim

Posts: 5238

Membre

Magnifique poème ! Quelle altitude ! Il tombe à point et me fait du bien. Je vais tenter de l'appliquer. Merci.
Avatar

Thierrycabot

Posts: 137

Membre

Merci infiniment Damy.
L'écriture poétique demande beaucoup d'humilité.
En toute amitié.
A bientôt.

Thierry
Avatar

Thierrycabot

Posts: 137

Membre

Merci infiniment Jim.
Votre érudition est confondante.
Bien amicalement et à bientôt.

Thierry
Avatar

Jim

Posts: 5238

Membre

Citation de ThierryCabot :
Votre érudition est confondante.

Mais j'ai rien dit, moi ! 😂

Au fait, il est trop bon, donc :http://lechantdemarie.over-blog.com/article-devant-la-mer-thierry-cabot-117124833.html
Avatar

Posts: 0

Membre

Des vers qui courent comme une onde musicale... Merci pour ce très bon moment de poésie Thierry.
Amitié
Avatar

Posts: 0

Membre

[Ancien membre] Excellent! encore un autre!

Amicalement.
Maxime
Avatar

Posts: 0

Membre

[Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] [Ancien membre] Un fond tout en richesse de vers ceint d'une forme musicalement enchanteresse!

En belle sympathie, Thierry,

ANTEROS.
Avatar

Thierrycabot

Posts: 137

Membre

Merci à tous.
Bien amicalement.

Thierry