Le mensonge met en jeu deux aspects : la sûreté du discours et la fiabilité du locuteur. Nous rêvons, comme Platon, que ces deux conditions soient réunies.
Premier cas, discours sûr, locuteur non fiable :
Le menteur (malin) est un être intelligent capable d’articuler un discours sûr pour tendre vers un objectif factice, alors qu’est visé un objectif autre que celui déclaré (absence de sincérité). La victime peut donc tabler tout le long du mensonge sur la stabilité de celui-ci. Elle ne découvre le leurre qu’au moment de l’accession au but.
Deuxième cas, discours non sûr, locuteur fiable :
Il s’agit là du mensonge admissible, à savoir : la démarche se distingue de celle annoncée par le discours (donc, non sûr) afin, par une trajectoire gauchie, d’atteindre le but déclaré (locuteur fiable). C’est habileté de marin devant la tempête. Il n’y a pas de victimes dues à cette tactique.
Troisième cas, discours non sûr, locuteur non fiable :
Outre l’imbécile qui ne nous intéresse pas, il s’agit de l’hésitant. Sa sincérité n’est pas en cause. Son discours est sûr chaque fois qu’il l’émet, mais il en change tout le temps. Son discours n’est donc pas sûr globalement, et lui-même s’avère non fiable par son incapacité à maintenir ses choix. Soin désir d’aller vers l’objectif se heurte à son incapacité à se mettre en mouvement ou à le maintenir. Il en résulte une valse hésitation permanente. Cette incapacité à maintenir un « oui » le mène à terme à l’abandon – sinon stress et épuisement. Sa victime, face à cette instabilité, ne peut tabler sur rien, ne sait en conséquence jamais sur quel pied danser, tout s’amorce et rien ne s’accomplit.
Pour aller vers un but, il faut entreprendre une démarche selon le discours l’annonçant, autrement dit quitter le confort, la stabilité, la sécurité, de l’état initial pour la promesse (utopie ?) de l’état final. Un « connais-toi toi-même » insuffisant chez l’hésitant empêche la prise de décision ferme (connaissance de ses ressources, de ses limites, à une date donnée).
Tandis que le menteur s’engage dans une démarche autre que celle annoncée, l’hésitant ne parvient à entreprendre celle déclarée : il reste à osciller autour du point de départ. Il en vient à douter de la réalité de son désir de l’objectif (dans l’hypothèse qu’il en a un, bien sûr, ce qui renvoie à la motivation de la prise de décision ferme. Si elle était « non » fermement, ce propos n’aurait pas lieu d’être). Du doute, il passe à son abandon, voire à son reniement. Un cas particulier de l’hésitant peut aussi résulter d’une pathologie du type bipolarité.
Le discours non conforme à la « vérité » ne se réduit donc pas au seul mensonge conçu comme contraire à la « vérité », ou la masquant, puisque la sincérité du locuteur en certains cas peut être réelle.