Au pays des quat'huit

Par : Ann Miserey
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Avatar

Ann Miserey

Posts: 3245

Membre

La maison somnolait. J’étais seule.
J’attendais…
Qu’un aiguillon de jour perçât les ténèbres. Au loin, l’effraie hululait ses plaintes d’outre-vie. Les dames en noir tournaient encore dans les éthers. Sur la lande, c’était une nuit sans lune, sans étoiles. Le lampadaire étirait les ombres des cirphis.

Penchée à la fenêtre de mon bureau,
j’attendais
Que l’inspiration vînt à mes méninges endormies, qu’Eugène débouchât dans l’aube de la ruelle que nous habitons, nimbé du contentement de la besogne rondement menée mais brisé par des cadences de damné.



J’attendais …
ce court moment des retrouvailles qu’il me racontât les prises de bec, les incidents sur la chaine et que je lui confiasse la primeur d’un poème, une anecdote domestique ; les volutes du thé fumant se mariant à celles de la cigarette qui se consument entre ses doigts

quand…
Des pas feutrés planèrent sur le macadam. Comme son crâne et ses bras, ses pieds étaient enveloppés de polypropylène bleuâtre. Aucune empreinte ne trahirait son passage. Un masque blanc camouflait son visage que je ne puisse jamais identifier l’assassin
car c’était un assassin de la pire espèce… la porte grinça sur ses gonds.

Dans le hall obscur,
il glissa le long de la rampe. Je tournai le loquet, bloquai la poignée par une chaise et barricadai l’entrée par le meuble aux chaussures avec la caisse à outils sur le dessus. Enfin je tirai le vieux buffet alourdi de la collection en cinq volumes du Larousse 1947 et de quelques dix kilos d’ancien et nouveau testament.

L’individu céruléen
fit tourner une clef dans la serrure.
Silence de mort,
« Ouvres Bébé, c’est moi ! »
- Jamais ! Hurlai-je une tringle à rideaux sur le cœur, arme fatale !
Il s’engagea alors, entre nous, un beau duel de mots.
Silence de mort,
Je crois que je m’endormis.

Il faisait grand soleil quand je risquai un œil au Judas. Il dormait en caleçon, assis contre le mur du palier … pour me convaincre de son identité. C’est beau un homme qui dort mais mon Eugène, il est encore plus beau que les autres quand il dort. Il avait quitté sa chrysalide de saisonnier en latex bleuâtre et son costume vert et jaune gisait à ses côtés.
Silence de mort,
Il répara le commutateur du hall, mit trois gouttes d'huile aux charnières de la porte et fit la gueule une grande semaine punie de mon excès de frayeur.

Quatre matinées de travail, puis quatre en après-midi et reviennent les horaires de nuit quand j'en suis au café au lait, il arrose quelques rondelles de saucisson d'une bonne bière fraiche ! Il va se coucher et je commence ma journée !Demain ça sera la fin de la saison.

Moralité :
Le travail en quat'huit peut nuire gravement à la bonne harmonie du couple.
Avatar

Evemarie

Posts: 2187

Membre

C'est quoi ces "quat' huit, c'est nouveau ? On ne m'en a pas informé !
Si j'ai bien compris, la journée officielle chez les Ann-Fernand, est passée à 4 fois huit heures ?
Avez vous prévenu le journal officiel ? 😂
Avatar

Pierre

Posts: 6100

Membre

c'est pour les céruléens... ça me fait penser à Vian tiens!
Avatar

Ann Miserey

Posts: 3245

Membre

le jour la nuit
dimanche en semaine
les jours en vrac
on vit dans un état second alors peut-être qu'on fait 32h/jour sans cu'on s'en soit rendu compte

les 4/8 c'est : 4 jours le matin
1jour repos / 4 jours après-midi 1 jour repos et 4 nuits et 2 jours de repos

on se croise et on compte sur nos doigts 😂
Avatar

Ann Miserey

Posts: 3245

Membre

je remonte
Bonne lecture