La pancarte indiquait : « ici passe le 45ème parallèle ». Je me garais sur le bas-côté et m’approchais de la ligne tracée en travers de la route. Elle était figurée en s’éloignant de celle-ci par des piquets en bois hauts comme un homme et plantés tous les quinze mètres environ qui disparaissaient dans les bois longeant la voie.
L’envie me prit de la suivre, exactement. Je la quittais seulement pour contourner les pieux, tous les quinze mètres. Marcher sur le 45ème parallèle. Pile poil. Juste dessus. Là où le pôle est aussi loin que l’équateur. Pour le bon équilibre, je dépassais les piquets alternativement par la droite et par la gauche. Le bois devint plus touffu puis s’éclaircit pour laisser peu à peu sa place à la plaine. Je rencontrais une rivière et voyais sur l’autre rive l’enfilade de carrassones m’indiquant le chemin.
Voilà une heure que je marchais sur le 45ème parallèle, alors je résolus de me reposer sur la berge avant de retourner sur mes pas.
Allongé sur l’herbe, les pieds au bord de l’eau, je regardais cette ligne plantée d’échalas, interrompue par le courant. L’infini immobile traversé par un mouvement continuellement changeant. Et moi… les pieds dans l’eau.
Je dû m’assoupir. A mon réveil je m’asseyais, prêt à me lever pour revenir à la voiture. Mais le temps fait bien les choses, elle était venue à moi et j’y étais dedans. Dans le rétroviseur je vis la pancarte « ici passe le 45ème parallèle ». J’allais vers l’équateur.
Dieu sait ce qui m’y attendait.