Un soir, où j’étais à l’île de la Réunion,
Près de la petite ville de la Possession,
Je fus attiré par une étrange musique.
J’entrais dans une cour, la séance était publique.
Au rythme d’un battement de cœur extraordinaire,
Cette musique ressemblait beaucoup à la mer.
Des musiciens, sur une estrade, répétaient.
Le chanteur, toujours silencieux, les regardait.
Comprenant que ce qui s’évoquait était l’île,
Je restais debout, rêveur, tendu, immobile.
Un chant d’abord languissant, presque une crainte
S’éleva lentement du sol telle une plainte.
Puis ce souffle irrésistible monta dans les airs,
Elément d’une vibration comme une prière.
Le son du kayamb et des roulers s’amplifiaient,
Venue de très loin, une force apparaissait,
Comme un ondoiement naissant depuis la terre
S’envolant peu à peu au-delà de la mer.
Tout se mit à vibrer autour de moi, soudain,
Le pré, les cases, les arbres, devenaient plus lointains.
Apparut alors une grande blessure,
Une large souffrance, comme une déchirure,
Un cri de révolte qui rapidement montait,
Un appel, qui au ciel maintenant s’adressait.
Le rythme devenait de plus en plus rapide
Et la clarté du message, bien plus limpide.
A la plainte, se mêlait la joie d’être vivant,
De pouvoir chanter avec la force du volcan,
La fierté, la sensibilité, la beauté,
Et la fragilité d’un peuple tout entier.
Alors , les musiciens cessèrent de jouer !
Je retombais sur terre quelque peu étonné
D’avoir été le témoin d’une intimité.
Cette impression, longtemps, persistera encor,
Celle d’avoir vécu, ce soir là, un moment fort,
Dans une île difficile à comprendre, observée
Dans toute sa beauté, son histoire, sa vérité.