Vivre passe comme un rêve :
Un fugace envol soulève
L'humble pâte des humains,
Mais vite l'élan retombe
Se dissipe dans la tombe
En s'échappant de nos mains...
Ah ! Cette vague de sève
Comme un envol de colombe !
Ainsi qu'éclate l'écume,
Jaillissant hors de la brume
Pour finir sur un rocher,
Notre printemps se disperse
Puis sa verdeur se renverse
Avant de se dessécher
Dans un désert d'amertume
Jusqu'à la prochaine averse !
On dit que passent les roses,
Que les fleurs sont peu de choses,
Qu'en l'espace d'un matin
Leur fraîche beauté se fane ;
Telle à l'aube se pavane
Dans la grâce de son teint
L'insolente qui tout ose
Mais au soir finit putain...
Honte à celui qui s'en rie,
La même ricanerie
L'habillerait aussi bien !
Qu'on soit fêtard ou sévère,
Dépensier, avare, austère,
Misérable ou patricien,
Expert en pleurnicherie :
Du même pas la Mort vient.
Voudrais-tu mourir pucelle ?
Que te sert d'être fidèle ?
Choisis donc vite un amant.
La tristesse d'être sage
S'imprimant sur un visage
Le ride précocement...
Allons, profite, ma Belle :
Prends-moi pour prince charmant !