Analyse prosodique d'un sonnet irrégulier

Par : Jim
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Jim

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Voici l'analyse d'un petit sonnet non classique (irrégulier) en décasyllabes

Nostalgia

Dans sa mémoire elle s'alla chercher
ce qui devait rester de la chanson
que fredonnait ce si charmant garçon
qui tendrement sur elle se penchait

Si volent les paroles la musique
à petits pas palpite dans le cœur
avec ce rire doux d'oiseau moqueur
qui mue le quotidien en fantastique

Pourtant rien ne changeait en sa demeure
Pas même ces miroirs où vain s'empleure
Le cristal d'un éclat de l'ancien charme

en lequel se noya source du rire
qui d'un baiser de bien aisance expire
au ciel lancé le défi d'une larme.

©JIM

**********

L'alternance des genres n'est pas respectée.
Sa structure est : abba cddc ee fggf
donc, de type marotique
Les premiers quatrains sont sur 4 rimes : mmmm fmmf
Les vers des tercets sont tous féminins

Rythme et accents toniques.

Absence de ponctuation; la respiration est donc assurée par la seule répartition des accents toniques, lesquels sont supportés par la dernière syllabe de chaque mot, l'avant dernière si présence d'un "e" dans la dernière.
Pas de diérèse sur "quotidien", c.à.d.: quo-ti-dien avec synérèse compte pour trois syllabes.

Premier quatrain, structure classique :
4 // 4/2
4 // 2/4
4 // 4/2
4 // 2/4

deuxième quatrain, structure non classique
2 /4 // 4 césure enjambée
4 // 2/4
2 /4 // 4
2/4 // 4 le « e » de « mue », ne se prononçant pas, n'ajoute pas de syllabe

distique
2/4 // 4
2/4 // 4

quatrain final
3/3 // 4
4 /4 // 2 ici, la structure est en 8 // 2, c'est un faux classique ; effet de suspension
4 // 3/3

**********


Un sonnet irrégulier de Bauselaire

Sonnet d'automne


Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal :
« Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon mérite ? »
– Sois charmante et tais-toi ! Mon cœur, que tout irrite,
Excepté la candeur de l’antique animal,

Ne veut pas te montrer son secret infernal,
Berceuse dont la main aux longs sommeils m’invite,
Ni sa noire légende avec la flamme écrite.
Je hais la passion et l’esprit me fait mal !

Aimons-nous doucement. L’Amour dans sa guérite,
Ténébreux, embusqué, bande son arc fatal.
Je connais les engins de son vieil arsenal :

Crime, horreur et folie ! – Ô pâle marguerite !
Comme moi n’es-tu pas un soleil automnal,
Ô ma si blanche, ô ma si froide Marguerite ?

**********

Dans le vers Je hais la passion et l’esprit me fait mal !, noter la diérèse sur "passion", soit donc pas-si-on qui compte trois syllabes, l'accent tonique étant sur -on.
Alexandrins classiques en 6//6, sauf un vers romantique
Poème sur deux rimes -al et -ite, embrassées sur les quatrains
respect de l'alternance des genres
absence de distique en fin ou début de sixain donc, ce sonnet n'est ni français, ni anglais, ni italien (ce dernier ne tolère pas deux rimes identiques se suivant)
Structure : abba abba baa bab

Quatrain premier
3/3 // 1/5
2/4 // 3/3
3/3 // 2/4
3/3 // 3/3

deuxième quatrain
3/3 // 3/3
2/4 // 4/2
3/3 // 4/2
2/4 // 3/3

premier tercet
3/3 // 2/4
3/3 // 1/3/2 suraccentuation du second hémistiche
3/3 // 3/3

deuxième tercet
1/2/3 // 2/4 suraccentuation du premier hémistiche
3/3 // 3/3
4 // 4 // 4 alexandrin romantique, avec seconde césure enjambée

Qualité des rimes

Petit rappel.
On distingue les rimes pauvres, suffisantes et riches. Au-delà, cela relève souvent de la fantaisie...

Elles se distinguent par le nombre d'éléments sonores mis en jeu en fin de vers :

- un, rime pauvre ;
- deux, rime suffisante ;
- trois, rime riche.

     Ces unités sonores contiennent toujours au moins une voyelle. Ainsi, deux vers s'achevant, l'un par -été, l'autre par -aimé, ne possèdent en commun que la voyelle -é, leur rime est pauvre.
     Dans le cas de fins de vers telles que -été et -jeté, non seulement, elles possèdent en commun le -é, mais aussi un deuxième, le -t formant la syllabe -té, soit deux unités, leur rime est suffisante.
     Enfin, si un vers s'achève par Eté (la saison), l'autre par été (l'auxiliaire être), ces vers ont en commun trois éléments (constituant deux syllabes), leur rime est riche.
     Il suffit donc decompter les éléments constitutifs de droite à gauche.

Un interdit : deux mots issus d'un même étymon ne doivent pas être mis à la rime ensomble.
Quelques cas particuliers rares peuvent compliquer la chose, nous y reviendrons.

Se référer à une règle ne suffit pas si on ne donne pas la raison d'être de cette règle, raison qui peut être active ou périmee (toute règle a un temps de vie). Rien n'interdit de réactiver une règle périmée, si tel est le bon plaisir du plus libre des artificiers, le poète. A lui d'en bien user.

Dans ce sonnet de Baudelaire :

Q1.
-tal / mal pauvre
-rite / rite suffisante

Q2.
- nal / mal pauvre
-vite / rite pauvre

Sixain
-rite / rite / rite suffisantes
-tal / nal / nal pauvres pour le premier couple, suffisantes pour le second
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Nora Hault

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Citation de Jim :
Dans sa mémoire elle s'alla chercher


Dès l'exemple extrait d'un poème personnel, cette construction me pose problème. On dit « elle alla se chercher » et non « elle s'alla chercher » : dans la construction « aller + infinitif », le pronom complément de l'infinitif se place devant celui-ci.

Commencer une explication prosodique par un vers présentant un tel problème syntaxique interroge forcément sur la rigueur de l'analyse qui suit.
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Lau

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Je pense que Jim n'aura ni la force ni l'envie... Mais bien sûr que oui, ça se dit.
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Salus

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L'expression « s'aller » est une tournure pronominale archaïque ou littéraire associant le pronom réfléchi et le verbe aller, souvent utilisée en poésie ou au théâtre classique pour accentuer le mouvement, la liberté ou la familiarité du ton.
(Dixit internet, qui ne dit pas que des bêtises, c'est comme les humains, 'faut trier !)

(...)
S’aller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
(...)

Cyrano de bergerac
E. Rostand

- Ce qui n'existe pas, dans le vers régulier, mais Jim le sais très bien, c'est juste de la nonchalance, c'est la rime "chercher / penchait",
le "e" muet de "mue" qui n'est pas élidé,
(quotidien, en synérèse, passe...tout juste ! - ancien, ça va, c'est plus...ancien !)
Et puis les majuscules en début de vers, signifiant l'entièreté autonome de chaque phrase musicale (vers).
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Nora Hault

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La proclise est tout à fait valable quand elle est volontaire, et non le fruit d'une maladresse comme c'est le cas ici.

Plusieurs éléments prouvent qu'il s'agit d'une maladresse et non d'une volonté d'archaïsme poétique :

- L'incipit : si l'auteur voulait une rupture de rythme propre à cette forme grammaticale, il l'aurait fait plus tard dans le poème. Placer cette forme au premier vers rompt immédiatement le contrat de lecture et désoriente sans raison.

- La structure de la strophe : elle est composée d'une seule phrase continue. La proclise au vers 1 crée un accroc syntaxique artificiel qui nuit à la fluidité et à la continuité de cette proposition. Elle paraît donc vraiment inappropriée.

Correction possible :
- grammaire moderne : "Dans sa mémoire, elle s'en va chercher". La fluidité de l'incipit et de l'harmonie de la strophe sont ainsi préservés.



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Solem

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Bonjour, est- il nécessaire de garder ce "s'en", puisque que c'est "sa mémoire" ?
(Dans sa mémoire, alla-t-elle chercher) !
Ça me rappelle le sketch de Fernand Raynaud : les oranges pas chères... 😅
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Nora Hault

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@Solem : Comme le dit si bien Lau, je n’ai ni la force ni l’envie d’aller plus loin dans sa correction. Pourquoi faire des efforts quand on reçoit ce genre de commentaires, n’est-ce pas ? Ceux qui veulent suivre les erreurs de ce cours sont libres de le faire.
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Salus

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J'ai rarement vu autant de mauvaise foi délayée dans autant de condescendance...

- Et puisque on en est aux corrections :

Nora Hault dixit :

"Longtemps laissé derrière moi, puis devenue une incontournable de ma vie, la poésie m'emporte dans ses rivages et ses nuages au gré de vol de mes pensées."

(Un pt'it tour au Garage ?)
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Nora Hault

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Quand on manque d'arguments pour défendre son point de vue, on s'attaque à la personne. Bravo pour la pédagogie !

Pourquoi irais-je dans un atelier qui semble réservé à un groupe d'individus ? Les autres n'ont manifestement pas le droit d'intervenir sans se prendre un « ni la force ni l'envie » de répondre.

Un atelier où l'on ne se remet pas en question, où, plutôt que d'expliquer et d'argumenter un point de vue, on préfère rabaisser et humilier celui qui a osé poser une question dérangeante parce qu'on ne sait pas lui répondre.

Et ça prétend être un « atelier d'entraide » ?

Foutaises ! C'est de l'entre-soi en bonne et due forme.
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Sylvain2023

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Bonjour @Nora,

C'est votre 1er commentaire qui a provoqué le " ni le temps ni l'envie " car il ressemblait à une attaque . Vous auriez écrit : "elle s'alla chercher "? "Cela se dit ?" aurait donné une toute autre réponse.



Tout cela n'est pas bien grave.
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Solem

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Courage... Fuyons !
La discussion est impossible, et l'auteur du Topic est débordé par des avocaillons, qui manquent cruellement d'objectivité, de respect, quand la discussion dérape en effets sur des attaques personnelles...
Alors, solidaire de la Veuve et l'Orphelin !

Bien à Vous
Léo
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Lau

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Dans sa mémoire elle s'alla chercher[

Je ne parle que de ce vers


"Le pronom réfléchi complément d'un verbe peut se mettre avant le verbe aller placé lui-même devant ce verbe : Aller se battre, ou s'aller battre ; il est allé se promener, ou il s'est allé promener.
Plus le vase versait, moins il s'allait vidant, La Fontaine, Phil. et Baucis.
" Littré


Voici d'autres occurrences :

- 1738
Attribué à « feu M. de La Faye », publié dans Voltaire

L’Abbé Desfontaines et le Ramoneur, ou Le Ramoneur et l’Abbé Desfontaines
Œuvres complètes, éd. Garnier
« S'allait glissant dans une cheminée »


- 1831
Victor Hugo

Ce qu'on entend sur la montagne
Les Feuilles d'automne
« Jusqu'au fond où son flux s'allait perdre dans l'ombre »


- 1859
Victor Hugo

Passage de La Légende des siècles, série I
La Légende des siècles, t. I
« Les napées s'allaient blottir aux trous des roches escarpées »

- 1871
Louise Blanchecotte

Poème VIII du volume consulté
Rêves et réalités

« Et comme dans le parc on s'allait promener »

- 1873
Tristan Corbière

Un jeune qui s'en va
Les Amours jaunes
« Qui ne veut pas s'aller coucher »

- 1915-1916
Maurice Ravel

Nicolette
Trois chansons
« Nicolette, à la vesprée, / S'allait promener au pré »


Bien que ce soit une forme ancienne, rien n'interdit de l'utiliser aujourd'hui.
Une erreur ? qu'est-ce qui permet de l'affirmer ? D'autant que, dans la suite de l'écrit, dans ce vers :

Pas même ces miroirs où vain s'empleure,

le verbe "s'empleurer' fait, lui aussi, partie des formes rares et vieillies.

Le titre lui-même peut d'autre part laisser supposer que l'on n'aura pas ici affaire à un éloge de la modernité...
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Nora Hault

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Ton explication, Lau, peut effectivement tenir la route. Dans le Littré, on trouve bien cet usage ancien :

Citation de Littré :
1. Le pronom réfléchi complément d'un verbe peut se mettre avant le verbe aller placé lui-même devant ce verbe : Aller se battre, ou s'aller battre ; il est allé se promener, ou il s'est allé promener.
Plus le vase versait, moins il s'allait vidant, La Fontaine, Phil. et Baucis.


Seulement, tout comme moi, en tant que lectrice, tu ne peux que supposer que Jim a volontairement choisi cette tournure pour donner une coloration ancienne à son poème. C'est une interprétation. As-tu raison ou ai-je raison ? Sur l'intention de ce choix, c'est Jim qui détient la réponse.

Et contrairement aux auteurs que tu cites, qui sont morts, nous avons la chance d'avoir Jim bien vivant parmi nous. Il aurait donc été plus logique que l'explication vienne de lui.

Mais je te remercie d'avoir fait cet effort d'explication, que tu aurais pu faire dès le départ. Même si je l'attendais surtout de l'auteur du texte et du cours.
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Jim

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J'ai encore, Madame, la faiblesse d'associer l'élégance à la féminité. Pourtant, ma fibre féministe m'a mené à conclure – principe d'égalité - que la femme est un homme comme les autres. Raison pour laquelle, je ménage mes congénères. Merci donc à mes « avocaillons » d'avoir consacré un peu de leur sueur à ma défense.
Quand on dresse un réquisitoire, on en vérifie d'abord les appuis. Mais ici, l'oratrice révèle ne posséder que les talents des hâbleurs politiques accompagnés des subtilités réthoriques des Jésuites sans pour autant en posséder la finesse d'un abbé de Vilecourt lequel, il en paiera le prix, n'a jamais tort.
Quand on a lu un peu dans sa vie, les exemples mutiples surgissent et la question initiale ne se pose plus. Brassens même savait cela : « Ell' s'alla baigner toute nue ».
Le présent propos est l'unique, et le restera, que j'ai tenu avec vous.
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Evemarie

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L'atelier existe depuis Juillet 2022...
Et j'ai découvert le "garage" hier !
J'ai honte.
Avec les poètes émérites qui détiennent tous les outils !
Bien entendu, j'ai tout lu d'un trait, ébahie par tant de savoir, d’ingéniosité,de présence, d'esprit ...
Et là, je me dis que j'écris chez les poètes depuis 20 ans, et n'écris que de la poésie libre, à peine ai-je écrit un poème de" forme" classique.

Bref, je suis ignare, je ne fais qu'écrire depuis 20 ans de la prose, uniquement avec l'étincelle de l'imagination, et mon journal.

J'aimerais tellement écrire de beaux poèmes comme vous, mais je n'ai pas la science qu'il faut. Et à lire la somme de savoir qu'il faut, je ne serai jamais poète.
Je vous dédie un poème dont vous êtes dignes :

Le dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
d'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud, octobre 1870