Quand le silence revient
Tu dis : là où flottent les silences,
commence enfin la partance,
mais nul départ n’efface
ce que le cœur ramasse.
La mer paraît immobile,
pourtant son âme vacille ;
sous l’écume et les reflets
dorment des mondes défaits.
Les mâts, dressés vers le ciel,
semblent attendre l’essentiel,
comme des prières sans voix
qui ne savent plus vers quoi.
Et moi, je regarde au loin
ce bleu sans rive et sans chemin,
cherchant dans l’eau transparente
la trace d’une âme absente.
Car l’oubli n’est qu’un rivage
où revient toujours le naufrage ;
les souvenirs, tels des oiseaux,
reviennent mourir sur les eaux.
Peut-être que l’horizon
n’est pas la fin du voyage,
mais cette étrange frontière
entre le rêve et la poussière.
Alors je laisse partir
la brume, le temps, le désir ;
je garde au creux de mes mains
un peu de ciel, presque rien.
Et dans ce presque rien demeure
Une lumière sans couleur,
un silence qui, doucement,
apprend à parler autrement.