La poésie sur internet
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Par : Sylvain2023
Il était tôt. C’était pourtant trop tard. J’avais déjà pris mon manteau, ouvert la porte et découvert son mot sur le linteau, cloué, comme ça, tout seul, dans une certitude à peine dévoilée. Il était chiffonné de rage ou de tendresse, je ne saurai jamais. Je ne voyais que lui dans ce désastre flou ou le couloir blafard semblait presque irréel. Il flottait sans savoir que sa présence ici, allait me clouer moi, dans un silence profond ne sachant plus ce que je devais faire. Mais d’où venait ce clou ? Où l’avait-t-elle trouvé ? Comment avait-elle pu planter ce clou si haut ? Comment peut-on monter si haut sinon de rage ou de tendresse ? Je ne saurai jamais. Je n’ai pris conscience du mot que parce que la porte s’est claquée comme pour me dire de réagir. J’avais peur. J’avais peur de le lire. Il avait l’air mauvais. Mauvais comme un ciel sombre qui arrive soudain quand il était caché. Mauvais comme le gout de quelque chose qu’on a jamais mangé parce qu’on n’aime pas ça. Mauvais comme un mot qu’on ne veut pas dire en face. Je ne veux pas gouter à cela. Je ne veux pas garder en moi ce mot. Si elle voulait me le dire, j’aurais bien pu l’entendre. Inutile de le pendre en le clouant ainsi. C’est pire qu’un sacrifice. Je ne vois ni justice ni raison dans cette pendaison. Anéanti de peur j’ai laissé mon manteau tomber, puis, la lumière du couloir s’est éteinte en même temps que l’histoire. J’ai arraché le mot du clou. Je l’ai mangé. Avalé sans le lire. De rage ou de tendresse, je ne saurai jamais. Le clou reste un symbole. Il est là. Silencieux. Orgueilleux. Il me reste en travers de la gorge comme l’épine d’une couronne. Il était tôt mais tout était déjà trop tard.
Posté à 20h54 le 04 nov. 25
Il est toujours trop tôt pour qu'il soit trop tard.
Amicalement, vittorio
Posté à 00h37 le 26 déc. 25
Il y a une chanson russe géniale de Novella Matveïeva, où elle évoque le clou auquel était suspendu le pardessus de celui qui est parti. Elle conclut par :
"Quand la trace du clou elle-même a disparu
Sous le pinceau d’un vieux badigeonneur,
C’était bien assez de penser que la trace du clou
Était encore visible hier."
Posté à 09h00 le 26 déc. 25
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