Sullyvan

Par : Franz
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La garde du CLSC (centre local des services communautaire) me téléphone. Il est 11 heures. Elle semble très inquiète. Un de ses patients âgés, prénommé Sullyvan ne répond plus à ses appels depuis deux jours. Elle veut que j'aille lui ouvrir la porte pour vérifier ce qui lui arrive. Est-il inconscient ? A-t-il perdu l'esprit ? Est-il disparu sans laisser d'adresse ? Ou pire encore, serait-il décédé ?

Je suis passé chez lui ces trois derniers jours et j'ai cogné à sa porte. Il ne répondait pas. J'ai regardé par les interstices du store vénitien. La place semblait déserte. D'habitude, je le voyais assis à son ordinateur ou en train de lire. C'était un personnage très cultivé et un grand lecteur. Quand il n'était pas devant son bureau, j'apercevais le relief de ses pieds sous les couvertures au bout de son lit. Il se reposait souvent car à soixante neuf ans sa santé était devenue extrêmement précaire.

Mais maintenant la place semblait vide. J'ai cru qu'il pouvait être à l'hôpital. Car c'est la seule place autre où il pouvait se trouver. Il n'avait aucun ami sauf les quelques voisins qui venaient le visiter par affaires. En effet, même s'il ne pouvait plus fumer car il n'avait plus de capacité respiratoire par excès de tabagisme, il faisait encore le traffic des cigarettes amérindiennes. De plus sa famille, composée de son ex-femme, d'une ou deux filles et des petits enfants avait rompu avec lui. Peut-être avait-il déjà reçu quelques rares courriels. il y a plusieurs années. Mais lui-même refusait de les voir.

Il avait continué à parcourir le monde comme agent secret et mercenaire après que sa femme fut rentrée au pays, il y a quarante ans. Elle avait refusé qu'il revoit ses enfants. Il aurait continuer de garnir un compte conjoint dans lequel elle pouvait puiser pour ses besoins de la famille. De guerre lasse et sa profession aidant, il avait capitulé durant cette guerre conjugale. Tous les liens avait été rompus et les enfants vécurent avec le sentiment profond et hostile d'avoir été abandonnés par leur père dès leur petite enfance.

La garde du CLSC me demanda de venir ouvrir la porte et nous fixâme un rendez-vous pour la fin de la demi-heure suivante. J'arrivai au lieu dit un quart d'heure après. Il y avait déjà longtemps que j'appréhendais de le trouver mort un jour. Je lui avais même suggéré une quinzaine de jours auparavant de se trouver un endroit où on lui fournirait plus de services. Il appartenait désormais au groupe des personnes semi-valides. Et il avait besoin d'aide et de soins professionnels spécialisés.

(à suivre)