lundi 15 août
Réveil… pâteux ! vivement la douche. Le Suran est devenu torrent et n’est pas loin de déborder après la pluie de la veille.
Ah, oui, au fait, pas de fuite sous la tente enfin je crois. Les neurones pas toutes connectées ce matin. Café, douche et le reste Hum ! c’est pas encore ça mais on fera avec.
Petite balade matinale, en direction de Drom, 3 kms environ avant de rentrer casser la croûte.
Et c’est à ce moment que Dame Ann nous fait son coup de calcaire. Livide, tremblotante, la voilà qui s’encapuchonne dans son duvet me laissant seul avec mes chips.
Quatre heures plus tard, toute fringante, enfin moyen, la voilà qui émerge. Alors elle était comment la buvette hier soir ? Très humide dans tous les sens du terme. ..
Allez, une petite douche et ça repart.
J’avais décidé d’écrire pendant le repos de La guerrière, un poème en octosyllabes bien propre pour changer de ma prose habituelle, un truc simple bien frais vu qu’y fait chaud. Deux heures plus tard, en collaboration avec Ann, ma feuille est noire de correction… et mon poème illisible ! Bref, l’humeur et le délire sont de retour même si nous sommes passés à côté d’un chef d’œuvre ! WOUARF !
Voilà pour la soirée si ce n’est ce satané sac de couchage qui a décidé de me pourrir la vie jusqu’à la mort expiritus sancti Amen…
PS : Notre Père qui êtes aux Cieux que ton sac soit sanctifié, que ton moelleux me chatouille le bas du dos pour les siècles des siècles amène !
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Chef d’œuvre presqu’en péril…
Matin en Reverdon…
L’orage doucement s éteint
Et sur la montagne assoupie
Le silence impose sa main.
Dans la brume naît l’aube amie.
Doux ruisseau devenu torrent
Crachant son écume salie.
Nobles pierres, gué du surane
Qui fendent les flots en folie.
La vallée lentement se dévêt
Chaude terre exhale l’averse
En offrande en Dieux courroucés
Ton âme, ô Simandre me berce
A l’est enfin soleil paraît
livrant dentelle de lumière
comme un message de paix
Le Reverdon et ses mystères…
Tofann
La pêche aux canards sauvages
Il canardait joyeusement, jusqu’aux confins de l’azur, beaux oiseaux en formation, des quignons de pain que la veille, il avait oubliés sur un coin de table avec quelques cadavres de bonnes bouteilles que, par humanité, il refusait d’abandonner à la poussière de la cave.
C’est un drille bien aimable, aux idées peu communes.
Lors que guêpes et mouches s’enivraient des fonds de verre, il lui revint en mémoire l’image déjà lointaine de ses enfants à peine sortis des langes qu’il menait au parc municipal, nourrir les colverts et le grand cygne qui les effrayait bien un peu avec sa langue vipérine. Il y avait quelques fois des oies, volatiles aux ailes rognées.
Pissant aux étoiles filantes, dans le silence de ce mi-août, il se fit réflexion qu’un canard sauvage valait bien les dodus palmipèdes de rivière.
Il lançait de toute la vigueur de son poignet miettes et croûtes sèches.
« petit petit ! » criait l’homme avec tapage.
« coin coin ! » cancanait le roi des canards sauvages à ses sujets
« que diriez-vous de ce coin de mare pêcheur pour reposer nos esprits volatiles et nos ailes lourdes de fatigue ? »
Un pain plus rassis que les autres assomma en vol trois cannes, la mère et ses filles qui s’empalèrent derechef sur la gaule fichée dans les herbes du Suran.
Faute de poissons qui du reste lui filait entre les pieds, le bonhomme rapporta ses volailles. Habitué à mon original compagnon, sans piper mot, nous nous gavèrent de ces rotis et des plumes en firent un épais duvet.
Fable fantasmatique : le héros de cette fable, Tof pour ne pas le nommer, à l’origine de ce délire, à ma connaissance ne pêche ni poissons ni canards en plein vol.
Je vous laisse donc pour courir à l’épicerie du village chercher notre pitance…
Ann