Un lundi j'ai rêvé que ma tête se vidait, d'un coup, sur le trottoir devant le bureau.
Elle s'était ouverte comme ça sans prévenir, comme un gros sac dont on défait les cordons, et tout tombait sur le bitume : le cerveau en premier, quelques os en bataille, un œil puis deux, mes zygomatiques et un tas de glandes qui devaient bien servir à quelque chose.
Ça faisait un drôle de bruit, flasque et mouillé ; c'était assez dégoûtant, mais je n'étais ni surprise, ni effrayée.
Autour de moi, les gens s'empressaient, intéressés.
- l'un d'eux disait : "Tiens ! un cerveau tout neuf !"
Et il le ramassait d'un geste vif, comme on vole une pomme à l'étal.
Deux autres se battaient pour un œil. Un vieux bonhomme du bout de sa canne, soulevait mes zygomatiques, attentif, à la recherche d'un nouveau sourire.
Bientôt, il ne resta plus rien, juste une flaque de sang séchée sur le trottoir.
Je sentis un grand vide, tout au-dedans de moi. Je m'assis par terre, les pieds dans le caniveau en attendant la chute d'un prochain cerveau, qui pourrait m'offrir un nouveau mardi.